Vu de République Démocratique du Congo

L’Eglise de Mbau est sans nouvelle de ses trois prêtres assomptionnistes. Deux mois après l’enlèvement des trois prêtres congolais de l’Assomption à Mbau, dans le nord-est de la République démocratique du Congo, on ignore tout du sort des religieux. Aucune enquête sérieuse n’a été menée.

Depuis le 19 octobre 2012, les PP. Jean-Pierre Ndulani, 50 ans, Edmond Kisughu, 53 ans, et Anselme Kakule Wasukundi, 41 ans, ont disparu (lire La Croix du 8 novembre 2012). Ces trois religieux de l’Assomption se trouvaient au presbytère de la paroisse Notre-Dame-des-Pauvres, que la communauté a fondé il y a soixante-dix ans, où ils gèrent un établissement secondaire de 450 filles et garçons. Dans la nuit, des hommes armés sont entrés. Ils les ont enlevés sans rien voler, laissant seul le curé, le P. Joseph Paluku, 45 ans, enfermé dans sa chambre dont la porte a résisté aux agresseurs. 
 
« Passé le constat réalisé les jours qui ont suivi l’enlèvement, la police n’a lancé aucune enquête sérieuse », déplore le P. Emmanuel Kahindo, vicaire général de la congrégation des Augustins de l’Assomption, propriétaire du groupe Bayard (éditeur de La Croix), qui suit l’affaire. La faute, avance-t-il, au manque d’intérêt du gouvernement, accaparé par le conflit ouvert avec la milice M23 au Nord-Kivu. 
S’agit-il d’un enlèvement crapuleux, d’un acte d’intimidation envers l’Église ? « Pour répondre, il faut considérer la situation socio-économique du pays, explique ce prêtre congolais. L’Eglise est souvent la seule à s’élever contre les violations des droits des peuples, contre l’exploitation des richesses du pays et la violence des groupes armés dans la région, contre l’hypocrisie de la communauté étrangère et la léthargie du gouvernement... Elle seule ose dire la volonté du peuple et demander la paix. » 
Le diocèse de Butembo-Beni, dont dépend la paroisse de Notre-Dame-des- Pauvres, reçoit de nombreux coups de téléphone depuis l’enlèvement. « Des gens qui se prétendent les ravisseurs, et réclament de l’argent », raconte le P. Kahindo. Mais lorsqu’on leur demande des signes en guise de preuve, ils disparaissent. L’espoir demeure de revoir les trois religieux vivants, mais il dépend de la bonne volonté des ravisseurs. Mgr Melchisedech Sikuli Paluku, évêque de Butembo-Beni, a pris des mesures radicales - et douloureuses pour l’Église : « En novembre, le secteur dont la paroisse Notre-Dame-des-Pauvres dépend a été exclu de tout service sacramentel », afin de faire pression sur la population et de mettre en lumière de possibles complicités. 
 
L’Église veut connaître la vérité. « Si les ravisseurs venaient en effet de loin, comment ont-ils pu pénétrer ainsi dans le presbytère, sans effraction ? », s’interroge le P. Kahindo. Dans la population locale, des cellules de réflexion ont été créées, consultées par l’évêque. Depuis deux mois, les fidèles se sont retrouvés pour prier. « Prier est notre dernier secours. Nous prions pour nos frères, mais aussi pour notre peuple, poursuit le prêtre. Ce qu’ils sont en train de vivre, c’est ce que subit la population tous les jours. Nous voulons la paix ! » Depuis fin octobre, plusieurs personnes ont été kidnappées dans les champs autour d’Eringeti, à 40 km de Mbau.
 
Receuilli par ADRIEN BAIL (à Rome) - article du Journal La Croix - 2 janvier 2013
30/01/2013
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