Vie et mission à Concordia

Depuis Concordia, dans la province de Entre Ríos (Argentine), nous aimerions partager avec vous la vie et la mission de notre petite communauté composée de María Estela Torres, Ana María Román et Glaides Austria (qui est depuis le mois d’août et jusqu’en mars prochain à Ibirité, Minas Gerais, pour un temps de partage fraternel, d’échange et d’enrichissement mutuel, au niveau spirituel et missionnaire, avec nos sœurs du Brésil).

Cela fait 5 ans que la communauté vit dans ce quartier ouvrier qui comporte des zones de grande pauvreté. Une population simple et ouverte, où se reflètent la crise sociale et économique, le chômage et nombre de ses conséquences : délinquance, drogue, alcoolisme, prostitution… 

Paradoxalement, ici, comme dans le reste du pays, la population a réélu la présidente, alors qu’elle ne présente pas de plan clair de promotion et de développement ; au contraire, elle maintient une grande partie du peuple, surtout les plus pauvres, dans une grande dépendance économique, par le biais de plans sociaux et d’allocations qui font peu à peu disparaître la culture du travail.
Il faut ajouter à cela l’exploitation des récoltants, qui font des travaux temporaires selon les fruits de saison. C’est une zone riche en agrumes et airelles. Beaucoup d’enfants et de jeunes abandonnent l’école pour faire la cueillette, et celle-ci n’est pas réglementée, ce qui fait que c’est un travail mal rémunéré, et les saisonniers sont parfois exploités. Notre quartier est composé en majorité par des familles jeunes, avec beaucoup d’enfants et des mamans adolescentes qui très souvent élèvent seules leurs enfants. 
 
Au niveau de l’Eglise, nous ne pouvons pas trop nous intégrer dans la paroisse car il n’y a pas de possibilité de dialogue et de planification avec le prêtre. Nous essayons donc de collaborer là où il y a un besoin, en apportant notre soutien à tout ce qui pourrait ouvrir les yeux sur la nécessité d’une pastorale d’ensemble.
 
Nous ressentons fortement l’impulsion qui nous est donnée par la Congrégation : « Va avec la force qui t’anime, n’est-ce pas moi qui t’envoie ? ».. et en cherchant à répondre à cette réalité concrète, nous nous sommes proposé comme objectif communautaire :
 
Parce que l’amour de Jésus-Christ nous presse, 
nous voulons raviver la passion pour le règne et actualiser la mission, en annonçant la Bonne Nouvelle, 
en témoignant de la joie de croire. 
Comme Marie, être des femmes fraternelles, 
joyeuses et pleines d’espérance.
 
L’une de nos priorités pour arriver à cette fin est de toucher les familles et les jeunes, en cherchant différents moyens d’aller à eux. Depuis le début nous avons constaté que les femmes étaient mises à l’écart et brimées à différents égards. Souvent elles sont maltraitées, ne sont pas valorisées par leur conjoint, et leur estime personnelle se détériore. Nombre d’entre elles n’ont jamais pu aller à l’école. 
Nous avons trouvé une personne qui réunit plusieurs mamans et leur apprend à lire et à écrire. Pour répondre à plusieurs souhaits, un atelier de peinture sur toile, animé par María Estela, a été mis en place dans une des salles de la chapelle du quartier. Elles découvrent peu à peu leurs talents et apprennent à valoriser ce qu’elles font. Elles se rendent compte qu’elles sont capables de créer quelque chose de nouveau. C’est en même temps un moyen qui leur permet d’avoir un petit débouché professionnel. Elles ont déjà prévu de faire une exposition pour montrer les travaux réalisés.
 
Nous avons aussi eu la possibilité d’intégrer la REDINFA (réseau intégral de développement de l’enfant et de la famille).
L’an dernier, Glaides, avec un groupe de femmes bénévoles, se sont mises en relation, au niveau national, avec d’autres groupes qui étaient déjà en place. Il s’agit d’un réseau solidaire, visant à refaire le tissu social qui s’est délité en raison de graves injustices ; ce réseau cherche à promouvoir et à encourager la solidarité en œuvrant dans un esprit œcuménique, et avec des organismes (gouvernementaux ou non) qui s’occupent de la famille et de l’enfance.
Aujourd’hui, cette tâche a été reprise par Ana María, qui poursuit avec les bénévoles le travail dans les familles qui ont des enfants de moins de 6 ans et auprès des femmes enceintes. 
 
Dans l’une de ces familles, composée de Tona (19 ans) et Emanuel (24 ans), qui sont pratiquement sans parents, nous avons pu constater combien cet objectif de la Redinfa est vécu avec beaucoup d’enthousiasme ; car il ne s’agit pas uniquement de réaliser des contrôles sur la santé mais d’éveiller, d’encourager, de permettre des liens communautaires pour une action prophétique et missionnaire. Créer des conditions pour que la femme devienne un agent de promotion d’elle-même, de sa famille et de sa communauté. La mystique de Redinfa, c’est d’unir foi et vie. Ce couple vit dans une maisonnette précaire de 2.50m sur 5m, avec beaucoup d’ouvertures qui laissent passer le vent et le froid intense que nous avons eu cet hiver. Une chaîne de solidarité s’est peu à peu mise en place : le prêtre qui est responsable de Caritas s’est procuré du bois pour bâtir une petite maison complète avec chambre, salle à manger, cuisine et salle de bain. Il a motivé les élèves d’une école privée qui sont venus pendant plusieurs mois pour travailler le samedi matin avec un couple de catéchistes. Plusieurs voisins et des gens de la chapelle ont apporté du tissu et des matériaux pour le mobilier ; d’autres personnes de l’association des voisins et la municipalité ont collaboré au transport pour acheminer le bois, le sable, les tôles… Et même des soldats du régiment sont venus donner un coup de main. Tona a dû garder le repos complet pour ne pas perdre son bébé (elle en était à 7 mois de grossesse) et nous sommes venues l’aider à faire la lessive et lui rendre d’autres services dont elle pouvait avoir besoin.
 
La petite maison n’est pas encore terminée mais le 24 octobre est né Adriel Bautista, un beau bébé qui découvre qu’il fait partie d’une grande famille, formée de personnes provenant de classes sociales et de quartiers divers… Quant à nous, nous continuons de prendre soin de la maman et de nous occuper des tâches ménagères jusqu’à ce qu’elle se remette de sa césarienne.
 
Par le biais de Redinfa, on peut atteindre le cœur de la famille, établir de nouvelles relations, élargir l’horizon qu’ils avaient, et favoriser l’échanger, la prise de conscience de situations injustes, la recherche de solutions possibles… C’est une porte ouverte à l’espérance et à la communion… 
 
La relation avec les jeunes est très cordiale et nous demande d’être ouvertes et disponibles pour qu’elles se sentent accueillies en arrivant à la communauté. Ce n’est pas toujours facile… Et nous devons nous aider mutuellement pour les diverses activités que nous réalisons. Nous accompagnons le groupe missionnaire « semillas del Reino » qui, avec d’autres jeunes Déhoniens (du Sacré Cœur de Jésus), effectue la mission d’été en janvier. 
Chaque jeune a des engagements pastoraux tout au long de l’année, pour que ce ne soit pas juste une action ponctuelle pour l’été.
Les filles ont demandé à recevoir une formation plus approfondie sur certains documents de l’Eglise, par ex. Aparecida, la Doctrine sociale de l’Eglise. Pour cela, nous nous avons le soutien d’un ami prêtre qui vient tous les mois et nous enrichit beaucoup avec ses topos. Elles le ressentent comme une grande aide pour les conflits qui apparaissent dans leurs engagements et aujourd’hui elles ont des éléments qui cimentent leurs opinions.
 
Parallèlement, nous préparons notre réflexion sur le matériel de la prochaine mission qui a pour objectif « susciter de futurs agents pastoraux là où nous sommes ». Tout est coordonné avec les prêtres Déhoniens responsables de la mission. Ana María s’est aussi jointe au groupe diocésain de la Pastorale des jeunes, constitué du P. Moncho, d’une religieuse, d’un couple et d’une jeune. 
 
Il y a une rencontre mensuelle avec les jeunes qui s’interrogent sur le projet de Dieu dans leurs vies. Ils sont très intéressants, et nous pouvons ainsi accompagner dans leur chemin de foi ces jeunes qui cherchent Dieu avec beaucoup de sincérité.
 
Et nous poursuivons la route avec notre peuple, les yeux, les oreilles et les cœurs ouverts pour découvrir les signes de vie… et continuer à construire ensemble le Règne.
 
Nous ressentons très fortement la présence d’Etienne et Antoinette, dans cette époque de changements, de défis… pour découvrir la nouveauté que l’Esprit veut insuffler aujourd’hui dans la vie et la mission PSA. 
 
Les Soeurs de la Communauté de Concordia
 

 

19/12/2011
Enregistrer au format PDF Imprimer l'article envoyer l'article par mail envoyer par mail
> Tous les articles remonter Remonter