Une boutique solidarité... vous connaissez ?

Des milliers de personnes sur le territoire vivent une rupture sociale ou familiale et se retrouvent à la rue, dans l’incapacité d’assumer leurs besoins vitaux. Emmaüs Solidarité intervient dans le domaine de l’hébergement, de l’accompagnement social, et du logement d’insertion. L’accueil y est inconditionnel. Des accueils de jour notamment reçoivent des personnes sans-abri. Elles y trouvent une écoute, une proposition d’accompagnement social et une réponse aux premiers besoins : douche, lessive, café, repas, vestiaire, courrier, colis alimentaires...

Tandis que huit heures sonnent au clocher de l’église voisine, ils sont déjà là, attendant l’ouverture de la porte… "Ils", ce sont les "accueillis" de la Boutique solidarité à Beauvais : jeunes et moins jeunes, hommes en majorité, femmes aussi, d’origine française et étrangère.

La porte s’ouvre vite et le groupe s’engouffre dans l’entrée et la grande salle bien chaude où il sera possible de prendre un café, discuter, se reposer. J. qui est peu bavard, va lire son journal dans un coin, tandis que M., un vieux maghrébin qui compte mieux qu’il ne lit, se trouve des partenaires pour jouer au triamino. Pendant ce temps, d’autres investissent les douches : ce sont des personnes qui ont dormi dans la voiture qui leur tient lieu de domicile, sous tente, ou même sous un porche, dans un très gros duvet prêté par la Boutique… Comment est-ce possible d’en arriver là, en 2012 ?

Parmi les accueillis, un certain nombre sont demandeurs d’asile : En effet, arrivant en France, ceux-ci doivent impérativement se présenter à une "borne" unique dans la Région détectant les personnes déjà passées dans un autre Etat relevant des accords de Schengen. Si tel est le cas, elles doivent rejoindre cet autre État. Si elles sont "primo-arrivantes", elles doivent faire les démarches sur place. Or, la borne de la Région est placée dans notre ville. D’où des immigrants variables en nombre et en origine selon les périodes. On peut voir des hommes, des femmes avec enfant (s) le plus souvent, arrivant d’Afrique noire, du Congo Kinshasa en particulier, marqués par une histoire personnelle et collective très douloureuse, vivant au jour le jour, complètement dépendants de leur pays d’accueil.

 
D’autres venant d’Europe de l’Est et de maints autres pays, totalement démunis et dans l’incapacité de se faire comprendre, s’ils ne parlent pas une langue connue de nous.
 
Les autres accueillis sont Français ou fixés en France depuis longtemps : quelques clochards invétérés résistant à toute tentative de réinsertion sociale, mais surtout des hommes, des Français pour la plupart, de plus en plus jeunes, en recherche de travail tandis que d’autres, salariés n’ont pas les moyens de payer un loyer. En dehors des abris de fortune (voiture, tente, porches), certains sont admis en Centre d’accueil, voire hôtel meublé (femmes avec ou sans enfants). Ils apportent alors leur linge à laver : quatre machines à laver et quatre à sécher sont à leur disposition pour la somme de 50 centimes, symbolique pour nous, mais pas pour eux. Une bagagerie permet à ceux qui sont totalement "à la rue" de déposer leur bagage, le plus souvent un gros sac contenant des vêtements de rechange, tout leur trésor. Une grande cuisine permet le fonctionnement d’une "cuisine solidaire". Avec des denrées provenant de la banque alimentaire ou de grandes surfaces, un groupe d’accueillis prépare chaque jour le repas de midi pour un certain nombre de personnes, sous la responsabilité d’une des permanentes. Leur nombre, très variable, peut atteindre parfois 70 et plus de 37 800 repas ont pu être servis en 2011… sans parler des petits déjeuners. Il arrive aussi qu’une femme soit logée en hôtel avec des petits enfants ; il est possible d’apporter de quoi préparer le repas, le faire à la boutique et l’emporter pour le partager à la famille.
 
 
 
La boutique est agréée comme lieu de domiciliation au service d’un certain nombre de personnes sans domicile stable. Cela signifie que leur adresse officielle est celle de la boutique. C’est un service très lourd à gérer, vu le nombre de personnes qui en bénéficient... et les mouvements continuels (546 utilisateurs en 2011). Au cœur de ce dispositif d’accueil, une équipe avec un noyau dur : huit permanents salariés dont deux responsables (d’astreinte alternativement sept jours sur sept)… C’est peu quand on pense que 2 477 personnes différentes ont été accueillies en 2011. À noter que, quand il fait froid, l’accueil se fait sur des plages beaucoup plus larges que les horaires normaux. En lien ou à la demande des pouvoirs publics, fonctionne une "mise à l’abri" toute la journée, en soirée et même de nuit pendant les grands ;froids pour des personnes "à la rue" : il est alors fait appel à du personnel supplémentaire. Quelques bénévoles interviennent aussi de façon limitée. J’en fais partie, ce qui me permet de percevoir de l’intérieur, le courage de l’équipe, la force de motivation des permanents, qui assurent, contre vents et marées, un accueil toujours attentif à chaque personne, dans un contexte dur, d’où la violence n’est pas toujours absente. En effet, les accueillis sont suivis personnellement, avec entretien initial et tous les quinze jours minimum pour faire le point, assurer la mise en lien avec les structures d’accueil, les services sociaux ou de santé ; à noter l’intervention de psychologues, en particulier pour les problèmes d’addiction. La demande ou le renouvellement des domiciliations nécessite également un entretien : j’y participe et peux ainsi "mettre un visage" sur les dossiers de chaque personne. Dans une structure dépendant de subventions, le travail administratif est important, mais je suis très heureuse de prendre ma part dans un travail d’équipe où tous ne "tiennent le coup" que par le partage d’un même projet au service de l’humain.
 
Quelles que soient les convictions religieuses de chacun, je ne peux que leur appliquer la parole de l’Evangile : "Ce que tu as fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait" (Mt 25). 
 
Sr Jacqueline, Petite Soeur de l’Assomption
 
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16/11/2012
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