Tunisie : quoi de neuf à Hammam-Lif en 2016 ?

C’est pour nous une joie de partager un peu de notre vie de cette année dans un monde qui se transforme, dans une Tunisie qui se cherche.

L’événement récent est la décision du départ de nos deux sœurs Oblates de l’Assomption, Béatrice et Justine, avec qui nous avions bâti une communauté inter-assomption depuis 2010, décision prise « pour la plus grande gloire de Dieu » en chacune, et en réponse à une autre mission pour nos deux sœurs. Chemin de vie qui s’éclairera avec le temps ….
 
Ce ne sont pas les seules à quitter le diocèse, qui, cette année est particulièrement éprouvé : les Marianistes laissent cette terre de Tunisie où l’Institut était implanté depuis 135 ans : les Salésiens reprennent leur grande école de plus de 1000 élèves.
 
Les Petites Sœurs de Jésus, après plus de 50 ans de présence, sont elles aussi parties, laissant vide le grand sud du pays. Qui prendra la relève pour assurer une présence chrétienne aux étudiants subsahariens, et surtout pour être le cœur, les yeux et les mains de Celui que nous suivons dans ces régions plus éloignées, et dont les communautés religieuses se sont retirées les unes après les autres ? Nous-mêmes, Petites Soeurs, avons quitté Médenine en 2004.
 
Un nouveau projet diocésain est à l’étude pour y assurer une présence de l’Evangile, mais avec qui ?
 
Toute l’année, notre communauté s’est maintenue fidèle à son projet d’accueil : « maison commune » ouverte à des personnes bien différentes en tout : depuis les chargées de mission des jeunes DCC [Délégation Catholique pour la Coopération] en poste en Tunisie, en passant par Caroline établie en Tunisie depuis bientôt 60 ans et qui s’est malencontreusement cassé le bras alors qu’elle habite seule en « médina » : comment aurait-elle pu assumer ses soins toute seule ? Sans compter nos amis tunisiens, qui cette année ont partagé la joie de Noël et qui ont déjà pris rendez-vous pour Noël 2016 en invitant d’autres voisins tous heureux d’être de la fête ; les visites impromptues de notre amie Stéphanie avec Sami son mari et leurs deux garçons, puis cet été, comme tous les ans, notre ami prêtre et accompagnateur de la communauté depuis 2003 pour un temps de repos. Il vient de nous quitter, vaincu par la maladie, laissant « orphelins » non seulement le diocèse mais un grand nombre de Tunisiens et Tunisiennes pour qui Fulvio était la référence d’écoute, de bonté, de conseils. 
 
Communauté ouverte, comme le sont toutes les communautés ici pour permettre aux uns et aux autres de se refaire, que ce soit pour une journée ou quelques jours ; nécessaire ouverture pour s’entraider ou tout simplement élargir son point de vue.
 
La communauté à l’occasion des 25 ans de profession de Béatrice, Orante de l’Assomption, avec notre ami prêtre Fulvio décédé le 11 septembre
 
Que dire des multiples petits services rendus par Salah, Sadok, Samir, Lotfi, toujours prêts à nous dépanner : les amis sont partout dans le voisinage ! 
 
Cette amitié est le fruit de 20 ans de présence discrète et gratuite, car nous n’avons aucun service particulier sur le quartier mais nous sommes là avec eux ….
 
Notre pays continue de passer par toutes les douleurs de l’enfantement depuis 2011... chaque saison amène les siennes, surtout au plan politique, avec des changements de gouvernement, chacun espérant que le prochain sera plus efficace que le précédent !
 
Economiquement la vie est de plus en plus dure pour la majorité de la population, mais personne ne se laisse abattre : les femmes sont particulièrement engagées et un livre récent, écrit par l’une d’elles, vient d’en faire l’apologie : « La liberté en héritage » de Najat FAKHFAKH. Cette combativité des femmes est une des caractéristiques de notre peuple tunisien. Des solidarités s’expriment et se vivent, l’aspiration à un réel changement est là, mais aussi l’aspiration à une reprise en mains sérieuse de la vie publique, pour retrouver un sens citoyen, le goût du travail et voir renaître enfin la Tunisie sous un jour plus lumineux, à nouveau attirant.
 
Voilà pourquoi, notre vie ici, sous la conduite de l’Esprit, se veut tout simplement porteuse de l’Espérance qui nous habite, avec ceux et celles dont nous partageons la même humanité, et qui eux aussi sont en quête d’une vraie fraternité toujours à construire, car comme le dit un slogan de l’une des nombreuses associations de femmes tunisiennes, « seules nous sommes invisibles, mais ensemble nous sommes invincibles ».
 
Une porte de la ville de Sfax où les Petites Soeurs sont arrivées en 1934
 
« Marie se rendit en hâte vers sa cousine Elisabeth… » Cet évangile de la Visitation est le moteur de la réflexion pastorale de l’ensemble des diocèses du nord de l’Afrique. N’est-ce pas celui qui nous achemine au prochain chapitre général de 2017 ?
 
Dans notre réalité un peu « marginale » nous sommes heureuses d’être à l’unisson du chemin de la Congrégation « pour procurer la Gloire de Dieu et le salut des pauvres et des petits » RV 5, et « avec eux, nous apprenons à nous laisser convertir à l’Evangile » RV 20.
 
Srs Françoise et Elisabeth

 

19/01/2017
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