Rencontre avec Vivat

JPIC : La création du Vivat International R D Congo. Une jeune professe nous partage son expérience au sein de cet organisme

Au début du mois d’octobre, je fus membre du comité préparatoire de l’atelier VIVAT International à Kinshasa, le premier du genre en Afrique francophone. Et ce d’autant plus qu’il se tenait à une période significative pour l’ensemble des Eglises d’Afrique, soit deux ans après la Seconde Assemblée Spéciale pour l’Afrique, dont le thème demeure pour le moins évocateur : « Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13.14) ; et plus singulièrement pour la République Démocratique du Congo en un temps électoral. Nous sommes honorés du choix porté sur notre pays.
 
Nous étions réunis en atelier du 23 au 29 octobre 2011 au Centre spirituel « Paix sur Terre » de Mbiti à Kinshasa, capitale de la R.D. Congo, délégués de la Société du Verbe Divin, des Spiritains, des Spiritaines, des Comboniens, des Comboniennes, des Oblats de Marie Immaculée, des Petites Sœurs de l’Assomption (Lurdes et moi) et des laïcs associés ; parmi eux, il y a eu des avocats, des activistes des Droits humains. Et je souligne la présence des membres du Comité exécutif de New York et de la Coordination de Rome, deux Provinciaux, les délégués de France, du Cameroun, de Centrafrique, du Mozambique et des différentes provinces du Congo-Kinshasa.
 
Venus des divers horizons, notre présence massive, encouragée par nos diverses congrégations est en prolongement de ce qui s’est fait au niveau international et témoigne de notre intérêt pour la promotion humaine, la Justice, la Paix et l’Intégrité de la Création. Cela a été un temps favorable pour nos congrégations qui œuvrent dans ce pays ravagé par de longues années de guerre avec près de 3 millions de morts, sans compter des victimes de violence et de torture.
 
Les travaux de l`atelier de VIVAT International Congo ont été inaugurés par un discours, suivi de la présentation de chaque membre avec ses attentes, ainsi que de la présentation des buts et des objectifs de l’atelier.
Tout au long de cet atelier, différents thèmes ont été abordés, à savoir :
Une présentation de Vivat International, son organisation, son but et ses objectifs.
La justice, la paix et l’intégrité de la création et la Bible.
Introduction à l’ONU – ONG à l’ONU – Droits Humains.
VIVAT, histoire d’un plaidoyer.
JPIC dans les documents de l’Eglise.
CEDAW/UPR/AMP : Convention sur l’élimination de toutes formes de discrimination à l’égard des femmes/ L’examen périodique universel/ L’examen ministériel annuel.
Développer une spiritualité de plaidoyer. Pour concrétiser cet exposé, l’intervenant a présenté quatre cas de plaidoyer pour montrer comment VIVAT International travaille avec l’ONU et les membres des communautés locales.
L’Eglise Catholique en R.D.C. au service de la paix, la justice et l’intégrité de la création. Rôle et perspectives, présentée par M. l’abbé Alexis ASANI NDALIMBUZI, Consultant à la Commission Justice & Paix de la CENCO (Conférence Episcopale Nationale du Congo).
Un temps de partage JPIC : le coordinateur de chaque congrégation a présenté un rapport sur la vision ou mission “JPIC” de sa congrégation suivi par un échange.
Identification des situations : ce fut un travail en ateliers. Quatre groupes ont été constitués pour réfléchir sur cette question : « Quelles sont à votre avis les situations préoccupantes dans le domaine de la JPIC en RDC » ? A la fin de ce travail, il y a eu toute une liste de faits insupportables vécus par le peuple congolais, parmi les quels nous avons fait ressortir deux cas dont nous avons décidé faire le plaidoyer à l’ONU. Il s’agit :
1. du Respect des Droits Humains (la situation des femmes violées, et la situation carcérale),
2. de la Protection de l’environnement.
 
Restait un troisième fait dont nous nous engageons à faire le plaidoyer au niveau local : Education Civique dans nos paroisses et dans les milieux où nous exerçons notre apostolat, parce que nous nous sommes rendus compte que l’ignorance, par la majeure partie du peuple, de la culture citoyenne ne favorise pas l’émergence d’une culture démocratique axée sur les valeurs. Elle ne permet pas non plus aux citoyens d’exercer efficacement leurs droits de participer aux choix politiques qui leur donneront la possibilité de changer leurs conditions de vie, fruit de la paix sociale.
 
Témoignages sur quelques cas de violences et d’injustices en R.D.C., appuyés par des images affreuses, il s’agit :
 
1. De la rébellion de 1964 à 1967 ; les pillages de Kananga en 1992 ; les refoulés du Katanga ; l’extermination de plus ou moins 3.000 Hutus à Kisangani ; les images d’une atrocité à l’Est du Congo (brûlure des gens).
2. Des témoignages sur la situation d’insécurité au Diocèse de Butembo-Beni, à l’Est du Pays (tuerie massive et viol des femmes).
3. Des témoignages sur les L.R.A. : c’est un groupe de rebelles ougandais qui sont à l’Est du pays. Chemin faisant, ces rebelless prennent avec eux des jeunes filles pour les accompagner et trans¬porter leurs biens. Ils les violent et font d’elles ce qu’ils veulent. Leurs parents ne savent pas leur destination, parfois on les libère après quatre ou cinq mois : elles retournent pleines d’infections, les lèvres coupées ou encore enceintes.
4. Des témoignages sur le ministère des réfugiés en Tanzanie, préci¬sément au camp des réfugiés Burundais de Mtabila avec 38.000 réfugiés et au camp des réfugiés Congolais de Nyarubusa avec 62.000 réfugiés dont 10.000 chrétiens catholiques.
 
Ce qui nous étonne, c’est que tous ces gens qui font ces massacres ne sont jamais arrêtés, personne ne s’en occupe pas même le gouvernement. Et une question revient en tête, celle de savoir si nous sommes des personnes ou des bêtes pour être ainsi traitées ? Il faut être FORTE pour voir ces images jusqu’à la fin. Ce peuple délaissé et qui vit sans protection, c’est choquant !
 
L’un de nos objectifs et but était de constituer le bureau VIVAT Congo. Le dernier jour, chaque congrégation a délégué une personne pour être membre du bureau. Nos 6 instituts ont un organe officiel leur permettant de travailler ensemble pour la justice, la paix et l’intégrité de la création. Au lieu de mener ce combat en solitaire, cet organe national ou panafricain assurera un engagement collectif et commun. Rappelons au passage le proverbe africain « un seul doigt ne lave pas le visage » ! La plate-forme de congrégations locales, dans l’esprit et selon la philosophie de VIVAT, tient à assurer le plaidoyer, le lobbying (groupe de pression) et l’information comme force de protestation et contestation pacifique en vue de restaurer les justes rapports des personnes entre elles et avec la création en souffrance. Je suis membre de ce bureau, qui se réunit mensuel-lement. Nous avons fait une Déclaration Finale pour la création de VIVAT international/R.D.Congo, plus une lettre adressée à nos supérieures pour soutenir cette dernière.
 
Notre atelier VIVAT International/R.D.Congo à Kinshasa nous a permis de partager nos expériences et de réfléchir sur les situations qui accablent l’homme et endommagent son environ-nement ; car l’atteinte portée à la dignité de la personne humaine et la violence infligée à l’environnement interpellent notre engagement religieux au service de l’homme.
 
Il y a lieu de retenir que ces interventions ont provoqué plusieurs débats, inquiétudes, préoccupations dont quelques-unes ont trouvé des réponses, d’autres non. La participation a été très active, l’ambiance très fraternelle, très agréable, ce qui a fait que malgré les choses fortes qui nous avaient vraiment atteints, nous étions plus détendus et il y avait toujours un sourire aux lèvres. L’atelier a été clôturé par une belle célébration Eucharistique, accompagnée de la bénédiction et de l’envoi de membres du bureau.
 
Pour le moment, nous avons décidé d’arrêter avec notre programme d’Education civique. Nous voulons nous associer au programme organisé par l’Archidiocèse. Ce dernier consiste à conscientiser les chrétiens et la population en général à la pratique de la culture de la non-violence active. Cela, parce que nous avons eu les élections présidentielles et législatives, et qu’elles se sont déroulées dans de très mauvaises conditions. L’Eglise de son côté, a rempli sa mission de guetteurs de la vérité, et elle n’a cessé de dénoncer tout ce qui met en péril l’édification d’un Etat démocratique. C’est pourquoi, elle a organisé au niveau de toutes les paroisses des sessions de formation, en recommandant au peuple Congolais tout entier de ne céder ni au pessimisme, ni au désespoir, ni à la violence, ni au tribalisme, ni à la xénophobie, mais de s’unir autour des valeurs chrétiennes et démocratiques de justice et de vérité ; de croître dans la conscience de son unité nationale et de son pouvoir souverain afin d’exercer en toute vigilance et dans la légalité. Je crois que nous reprendrons nos activités dans les mois prochains.
 
Participer à cet atelier a été pour moi une joie de m’ouvrir à d’autres réalités : celle de faire ce chemin de travail avec d’autres pour ce peuple qui ne cesse d’aspirer à la Paix et la Justice. Je dirai aussi que le travail de la Justice et Paix est immense au regard des défis qui sont à relever. La construction de la culture de la JPIC est un grand projet de Dieu qui nous dépasse et nécessite de chacun de nous une conversion permanente. Demandons au Seigneur la grâce d’être jour après jour celles et ceux qui construisent la paix et la justice en nous et autour de nous pour que son REGNE arrive.
 
Annie, jeune professe, Petite Soeur de l’Assomption
 
Kinshasa, ce 05 février 2012
27/03/2012
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