Quelques mots au sujet de Bienheureuse Sr Paul-Hélène

Témoignage de Sr Françoise, ayant vécu en communauté avec Bienheureuse Sr Paul-Hélène Saint Raymond, martyre d’Algérie

J’ai connu Paul-Hélène en 1976 quand j’ai été envoyée au Maroc dans la communauté de Kébibat à Rabat. Paul-Hélène était alors en communauté à Casablanca mais nous avions l’habitude de nous retrouver les trois communautés du Maroc pour ce que nous appelions « relais » ou à l’occasion des grandes fêtes comme la célébration des noces d’or de Sœur Tarcicius ou pour fêter Noël auprès de nos sœurs aînées de l’avenue du Chellah, ou par exemple à l’occasion de la venue de Sœur Myriam Rabia pour une retransmission… (les photos en sont témoins)
Fin 1979, j’ai été envoyée de Rabat à Casablanca rejoindre Paul-Hélène et Anne Lucie Minié après le départ d’Aliette de Saint Gilles à Médenine en Tunisie et le départ en urgence de sœur Philippe Etienne (Angèle Celeste) pour raison de santé.
A l’époque, Paul-Hélène faisait encore des soins à domicile à partir du dispensaire que la communauté tenait rue des Faucilles dans le quartier du Maarif, quartier où nous habitions depuis la fondation en 1946. Suite au départ de Philippe Etienne, le centre a fermé dans les mois qui ont suivi puisqu’il n’y avait plus personne pour prendre en charge la section pour les femmes.
 
C’est alors que Paul-Hélène a été embauchée à la Goutte de lait, pour les nourrissons, à deux pas de notre ancienne maison de la rue Camille Desmoulins.
Je ne me souviens plus pour quelle raison, elle est allée de là au centre des prématurés dans le quartier de Sidi Bousmara, au nord de la medina, non loin du port et tout près du dispensaire de santé publique où j’accompagnais mes élèves infirmières pour leurs stages. Là, Paul Hélène a dû faire face à une mortalité importante des enfants en incubateur. Moralement, elle fut rapidement très atteinte de devoir quasi quotidiennement annoncer aux parents le décès de ce qui leur était le plus cher, leur enfant. 
 
C’est alors qu’elle trouva un autre travail dans le cadre de la médecine du travail au sein d’une caisse mutualiste, située boulevard d’Anfa. Elle y restera jusqu’à son départ de Casa au printemps 1984.
 
 
Quel souvenir de Paul-Hélène ? Surtout une sœur très fraternelle qui avec Anne Lucie m’a petit à petit introduite à l’univers casablancais si différent de celui de Rabat où nous vivions dans un petit appartement, entourées de familles marocaines dont nous partagions tous les événements heureux et malheureux. 
 
A Casablanca, nous avions une petite maison dans un quartier lui aussi très populaire anciennement peuplé d’espagnols, de portugais, un peu « zone ». La rue de l’Atlas, notre rue était très animée, en particulier du fait de la proximité d’un immeuble vétuste, très peuplé de familles avec beaucoup d’enfants et dont le seul terrain de jeux était la rue…que de fois le ballon non seulement cognait contre notre porte métallique mais aussi franchissait la clôture du petit jardin au grand dam de Paul Hélène qui souffrait du bruit et se fâchait tout rouge ! Mais malgré ses colères, contre les gamins, c’était une femme au grand cœur comme aimait le dire Fatima qui nous aidait à la communauté
 
Ses amis étaient les gens simples, ainsi Zahra, une mère de famille qui élevait seule avec beaucoup de difficultés trois enfants, vivant dans un quartier insalubre au cœur du Maarif et qui venait à l’invitation de Paul-Hélène, confier ses menues économies à sa garde pour être sûre de ne pas les dépenser : elle était devenue notre amie à toutes. 
Ses amis, c’étaient aussi les personnes, qui sous le règne du roi de l’époque, Hassan II, étaient tracassées par les autorités. Avec un prêtre du Prado, elle les soutenait comme elle pouvait !
 
en communauté à Casablanca, 1980
 
Tout en elle respirait la simplicité, la modestie, sa tenue, sans recherche ; son pas alerte et décidé la conduisait indifféremment à la banque car elle s’occupait des comptes de la congrégation, à la fiduciaire pour régler les questions de la société qui gérait notre maison, que pour les courses en vue d’acquérir le nécessaire pour telle ou telle réparation car elle était très ingénieuse et bricoleuse. 
 
 
Que de bons souvenirs avec elle ; quand nous sortions en voiture, conduite par la sœur au grand âge, et non sans frayeur pour les passagères, alors Paul-Hélène me disait « Fr. chante, chante » et ainsi refrains après refrains nous en oublions les virages un peu trop pris à gauche ou autres surprises...
Je pense que sa devise devait être « faire face » alors tout se résolvait …
Lors des réunions, soit communautaires soit en relais, son esprit scientifique nous gratifiait de superbes synthèses et elle le faisait simplement.
 
C’est d’elle que j’ai appris à remplir avec intelligence la fonction d’économe de communauté : elle m’a donné le goût de faire l’analyse des comptes de l’année et ouverte à cet univers inconnu pour moi !
 
en communauté à Belcourt, mars 1993 (Alger)
 
Quand en 1994, elle nous a été ravie en Algérie, bien qu’elle ait quitté le Maroc dix ans plus tôt, les témoignages à son sujet et les gestes d’amitié de la part de ceux qui l’avaient connue, se sont succédés rue de l’Atlas. Tous soulignent son grand cœur son sens fraternel, sa disponibilité.
 
 
 
 
Castelgondolfo, 1987 avec le Pape Jean-Paul II
 
Sur cette photo prise à Castelgondolfo lors de l’audience avec Jean-Paul II en 1987, j’aime retrouver son sourire qui rejoint celui du pape. Savaient-ils l’un et l’autre qu’ils se retrouveraient un jour faisant partie des « élus » de Dieu ?
 
Sr Françoise Audebrand, Petite Soeur de l’Assomption
 
12/12/2018
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