Promise Neighborhoods : la promesse faite aux quartiers

Le Président Barack Obama a demandé qu’un fonds de 46,7 milliards de dollars soit débloqué pour le département fédéral de l’Education, pour l’année fiscale 2010, afin de concrétiser son idée de soutenir l’éducation, en parallèle avec les autres services sociaux ; dans ce but il a créé 20 programmes appelés « Promise Neighborhoods » sur l’ensemble des Etats-Unis. Pour ceux d’entre nous qui regardons le monde avec les yeux des pauvres, cette initiative porte la marque de la justice et de l’équité, qui sont selon nous des priorités très nettes de l’Administration Obama, même si elles sont difficiles à négocier et à maintenir en place.

Le programme Promise Neighborhood fait partie des initiatives lancées par Obama visant à éradiquer la pauvreté et à créer une culture d’égalité des chances pour les enfants qui vivent dans les quartiers défavorisés. Le secteur où les Petites Sœurs résident dans le nord de Dorchester/Roxbury (Etat de Massachusetts) est l’un des 20 quartiers qui ont été sélectionnés dans tous les Etats-Unis.
 
Pour comprendre ce que cela signifie pour les Petites Sœurs et pour la communauté des habitants dont nous faisons partie, il est important de retracer l’histoire de ce quartier.

L’histoire du quartier
 
En 1947, les Petites Sœurs sont arrivées dans le secteur de Dorchester Nord/Roxbury, à la demande du Cardinal Richard Cushing, qui avait un grand amour des pauvres. Ce secteur était alors habité en majorité par des familles d’immigrés de l’Europe de l’Ouest, aux revenus très modestes ; nous leur offrions nos services de soins à domicile, et nous avons lancé des projets qui tenaient compte des besoins des familles en matière d’éducation et de santé holistique ; nous avons aussi encouragé les familles à se regrouper pour faire pression afin d’obtenir des soutiens qui leur permettent de passer d’une situation de crise à la stabilité. 
 
A cette époque, la pauvreté était différente : il existait des moyens concrets pour que les familles passent de la pauvreté à la sécurité économique et pour qu’elles réalisent le rêve américain. L’économie du pays reposait sur une utilisation intense de la main d’œuvre, et les capitaux étaient nationaux. Les travailleurs qui touchaient un revenu pouvaient bénéficier d’aides sociales pour faire vivre leurs familles qui s’agrandissaient, et un bon nombre de ces familles ont gravi les échelons de la société, pour enfin quitter le quartier.
 
Entre la fin des années 1960 et les années 1990, le contexte a changé radicalement. Des familles de pays, de cultures et de langues diverses ont afflué ici : ce sont des familles provenant de Puerto Rico, d’Amérique latine, d’Haïti, des Caraïbes, du Cap Vert, et de nombreuses familles afro-américaines ayant émigré du Sud. Notre quartier de Dudley est devenu l’un des quartiers de Boston les plus bigarrés culturellement. Mais la situation économique avait changé entre les années 60 et 70, et elle s’est empirée dans les années 1980 et 1990. La pauvreté n’avait plus du tout le même visage. Nous nous trouvions à présent dans une économie non plus basée sur la main d’œuvre mais sur les capitaux, et les capitaux étaient transnationaux. La pauvreté multi-générationnelle augmentait et les emplois à bas revenus se trouvaient principalement dans le secteur de la distribution et des services. Ceux qui avaient des difficultés linguistiques ou culturelles n’avaient plus leur place ici. Nous avons rapidement acquis la réputation d’être l’un des secteurs les plus pauvres de Boston. 
 
Puis il a été question de redorer l’image du quartier en faisant venir une population plus aisée (ceux qui voulaient habiter près du centre de Boston) et en évacuant les pauvres. Le quartier a littéralement brûlé. Chaque soir, il y avait un incendie provoqué par les propriétaires absentéistes qui voulaient accélérer l’évacuation des familles pauvres. 
 
Le carnage a laissé des terrains vides un peu partout. Et comme il y avait 12 sociétés de transfert de déchets dans notre quartier, les gens venant de toute la ville éparpillaient ici leurs ordures : pneus, chaudières, machines à laver, aliments avariés, etc. Notre quartier est devenu une immense décharge publique.
 
Le prix du logement a tellement augmenté qu’une multitude de familles se sont retrouvées sans toit, dormant dans leurs voitures, dans les salles d’attente d’hôpitaux, etc. Les familles n’arrivaient pas à trouver de travail, ne pouvaient pas payer de loyer, et ne dépendaient plus que des modestes allocations de l’Etat pour survivre. La maison des Petites Sœurs était entourée par des terrains vagues. Les PSA ont pris la décision d’ouvrir les portes de leur maison et d’inviter les familles sans abri à vivre avec elles. Nous sommes devenues l’un des premiers centres d’accueil d’urgence de Boston pour femmes et enfants. 
 
Nous avons pris le nom de Project Hope :
 H.o. p. e. (espoir) = House Open People Enter (maison ouverte, les gens entrent)
 
 
Puis nous nous sommes tous regroupés avec des familles, des voisins, des amis de notre quartier pour former une entité appelée Dudley Street Neighborhood Initiative (DSNI). Nous avons sollicité un soutien de la part des associations de voisins, de financeurs, de la Ville de Boston, et cette dynamique a permis la création d’un village urbain et une revitalisation physique de notre quartier. Ensemble, nous avons rêvé à un nouveau genre de quartier. Nous avons imaginé un projet et nous continuons à en organiser d’autres pour les mettre en application dans notre quartier. 25 ans plus tard, nous constatons des résultats spectaculaires :
 
Les centres de transferts de déchets sont partis.
Les ordures et les déchets ont été enlevés des terrains, et remplacés par des logements accessibles.
Nous avons à présent plus de logements à prix modérés que la plupart des secteurs de Boston et le prix est maintenu à un prix raisonnable grâce à un regroupement foncier.
Il y a des jardins, des aires de jeux pour les enfants, des centres sociaux, des serres, des projets alimentaires, pour ne citer que quelques exemples.
Notre regroupement de Dudley Street a littéralement fait des miracles dans notre quartier. Nous sommes arrivés à en transformer l’infrastructure physique. Ce changement a été facilité par le Conseil d’administration du DSNI, qui est composé de personnes d’ethnies et de cultures diverses, en plus de nos partenaires sociaux et des églises. 
Les Petites Sœurs ont été les membres fondateurs de cette initiative. Nous sommes toujours actives au Conseil d’administration. Nous avons bâti la première association de logements du quartier, gérée par les familles elles-mêmes ; nous avons créé un programme de garde d’enfants qui est de qualité, accrédité au niveau national, et nous avons formé plus de 75 femmes pour qu’elles puissent s’occuper d’enfants. Nous avons construit le premier bâtiment certifié LEED (label écologique) sur Dudley Street, et bien plus encore en collaboration avec nos voisins. 
 
Ce sont donc des réalisations de taille, reconnues dans l’ensemble du pays, comme étant un modèle de développement économique communautaire. Mais il y a encore tant à faire. La création d’une infrastructure physique, même si elle est impressionnante, n’est pas suffisante. Il nous faut à présent concentrer nos efforts sur le développement humain des familles dans notre propre quartier et sur la population pauvre composée de plus de 24.000 personnes qui ont ces caractéristiques démographiques en commun :
 
C’est une population très jeune : 17,3% ont moins de sept ans.
Les fillettes et les adolescentes de moins de 17 ans composent 28.1% de la population ; les garçons ou adolescents de moins de 17 ans représentent 32% de la population.
Le secteur est essentiellement composé de familles (700), comparé à l’ensemble de Boston (47%) ; 36% sont des familles monoparentales (mères célibataires).
Le revenu par habitant est inférieur à la moitié de celui de la ville de Boston.
Il y a un nombre disproportionné de familles sans domicile si l’on compare avec la ville de Boston ou l’Etat du Massachusetts.
Le taux de chômage est élevé.
Près d’un tiers de la population n’a pas de diplôme d’études supérieures.
On enregistre le taux le plus élevé de Boston pour les hospitalisations en raison de problèmes asthmatiques ; problèmes de santé graves affectant les enfants et les jeunes ; un pourcentage élevé d’enfants ont un poids de naissance inférieur à la norme.
Un nombre important d’enfants présentent des pathologies liées à l’apprentissage. Plusieurs centaines d’enfants souffrent de troubles de l’attention avec hyperactivité.
Un nombre croissant d’enfants ne vont pas jusqu’au bout des études secondaires et beaucoup ont des résultats médiocres pendant leur cursus primaire et secondaire.
 
Il nous faut à présent mettre l’accent sur notre capital humain et transformer ces données démographiques en commençant par les enfants.
 
Obama avance sur "Promise Neighborhoods"
 
Obama nous a apporté une solution pour mettre la priorité sur les enfants et pour créer des opportunités de transformation.
 
Nous avons à présent le Boston Promise Initiative (BPI - indiqué sur la carte ci-contre), une initiative collaborative dont l’action est menée à la base, pour garantir que chaque enfant (environ 6.300 en tout) de la zone Boston Promise puisse aller jusqu’au bout de ses études secondaires, suivre des études supérieures, et enfin entrer dans le monde adulte avec confiance, dans un contexte sain et un environnement dynamique. 
 
A cette fin, le DSNI rassemble des centaines d’acteurs de la communauté (parents, organismes confessionnels ou sociaux, petits et grands commerces, écoles et universités, agences du gouvernement) pour que tous puissent s’accorder sur les obstacles et les solutions qui s’offrent à eux pour améliorer les chances de nos enfants en matière d’éducation.
Ces stratégies :
a) reposeront sur des engagements et des actions concrètes
b) seront dans l’alignement des grands principes d’action de la DSNI, c’est-à-dire que les habitants sont les principaux protagonistes
c) un suivi sera assuré par une analyse rigoureuse des données afin de comprendre les progrès effectués et les éventuels obstacles.
 
Nous nous lançons dans ce nouveau défi, fortifiées par une expérience de 25 ans, au bout desquels nous voyons des signes concrets de la transformation physique de notre quartier. Nous apportons à ce nouveau moment de notre histoire la même passion, le même engagement, la même énergie et l’espoir que notre communauté, en collaboration avec une multitude d’autres, parviendra à atteindre son but de transformation humaine. Comme le disait un habitant de notre quartier "C’est faisable, dans notre quartier. Ce n’est pas facile, mais c’est faisable".
 
Les Petites Soeurs de l’Assomption et les laïcs engagés dans la mission avec nous, sont activement impliqués à chaque étape de la Boston Promise Neighborhood Initiative. Nos familles, le personnel, le conseil d’administration, font partie des comités qui s’occupent des sans abri, du logement, de la main d’œuvre et du travail, de l’éducation et de la petite enfance. Le plan stratégique de Project Hope est intégré dans le projet BPI. Nous sommes pleines d’espérance face à cette nouvelle opportunité et heureuses que le Président Obama soit à la tête du pays.
 
Margaret A. Leonard, PSA, juin 2011
 
24/10/2011
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