Message de Pâques 2011.

« Allez par le monde entier, proclamer la Bonne Nouvelle à toute la création. » Mc 16,15

Le Document II de préparation au Chapitre Général a attiré notre attention sur la dimension « inter » qui marque actuellement la vie de nos sociétés. Quel que soit le pays où nous sommes, nous vivons dans des milieux pluriels, soit par déplacements de populations à l’intérieur d’un même pays, soit par l’arrivée massive d’immigrés de tous les horizons. Interethnique, interculturel, intergénérationnel, inter religieux…
 
Aucun pays ne peut plus vivre en vase clos totalement replié sur lui-même : ce qui se passe au loin, pénètre par les nouveaux moyens de communication impossible à contrôler, et interfère sur la vie sociale et politique. C’est ce qui est clairement ressorti du combat pour la liberté auquel se sont livrés récemment des pays d’Afrique du Nord, du Moyen Orient, et d’autres encore… Se sentant soutenus par l’opinion publique qui traverse les frontières, des peuples ont trouvé le courage de réclamer à grand cri que leurs droits fonda¬mentaux soient respectés face à des régimes injustes ; et d’autres qui vivent dans des démocraties établies, font l’expérience de la perte, de l’ambigüité et de l’incertitude…
Le monde entier est un vaste carrefour sans cesse en mouvement. Un carrefour de brassage de populations, d’échanges interculturels, de métissages, de communication à l’échelle planétaire, pour le meilleur et pour le pire. Une Galilée où continue à se vivre la passion du Christ, visible sur les visages des souffrants, de ceux qui sont marginalisés d’une manière ou d’une autre. Visible aussi à travers les visages de ceux et celles qui s’engagent pour la Justice, pour la Paix, pour la communion entre les peuples.
 
Pour les disciples de Jésus, la Galilée est un point de référence, le lieu des premières rencontres : c’est de là que Jésus vient rencontrer Jean Baptiste pour être baptisé (Mt 3,13) ; c’est là qu’il se retire à l’écart après l’arrestation de Jean (Mt 4,12) ; c’est là, Galilée des nations, qu’il commence son ministère public (Mt 4,15) ; là qu’il prononce son discours sur la montagne, le long de la mer de Galilée (Mt 5, 1 et ss.). Jésus lui-même est connu comme étant de Galilée (Mt 21,10), ainsi que les femmes qui le suivent (Mt 27,55).
 
C’est donc là qu’il choisit de préparer ses disciples à sa passion prochaine (Mt 17,22). Annonce douloureuse et cependant centrale, pour lui, pour les disciples, pour nous aujourd’hui…
 
« La passion de Jésus est un lieu essentiel pour comprendre le devenir de toute action apostolique. Jésus a proclamé le Royaume, prêché la conversion, donné le pardon, guéri les malades, libéré les esprits, rencontré l’opposition, formé des disciples… Mais tout ce qu’il a réalisé n’a pris son sens plénier que dans son action centrale, sa passion. (…) En ce lieu où il se laissa faire, se révéla en clair ce qui le faisait agir, ce qui l’animait. C’était une énergie de transformation, une force de conversion, à l’œuvre au plus profond de lui, soutenant la dynamique pascale de son être (…) : « Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu… » (…) En se livrant jusqu’au bout, en devenant lui-même sujet de la transformation radicale, Jésus donna naissance à l’homme nouveau, au monde nouveau. » 
 
En Galilée tout recommence. Le Ressuscité y attend ses disciples, transfiguré par sa Passion et sa mort traversées.
Aujourd’hui, le monde entier est notre Galilée où nous sommes convoquées à la suite de Jésus. « Allez par le monde entier, proclamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16,15).
 
Cet appel a d’emblée quelque chose d’enthousiasmant car il rejoint notre désir profond de témoigner de la Bonne Nouvelle du Ressuscité venu donner la vie à tous en surabondance. Mais la réalité de la vie nous rappelle bien vite que les disciples ne sont pas au-dessus du maître et que pour répondre à la mission qu’Il nous confie, nous ne pouvons faire l’économie de la passion : nous sommes invitées à entrer dans la manière d’être du Fils, car « Il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux » (2Co 5,15).
 
« La passion de Jésus est ainsi la référence lumineuse de la passion du disciple qui, au plus fort de son action, est lui aussi, à la manière de Jésus, agi, mené, conduit, livré, selon ce que donne à penser la série de verbes au passif utilisés par Paul : pressés de toute part, persécutés, terrassés… (2Co4, 8-10) Mais alors la plus grande passivité, dont l’apôtre porte la marque dans son existence corporelle, est source de vraie fécondité pour les autres, empreinte qu’elle est du don de la vie de Jésus, de « l’énergie » du Christ livré.
 
« C’est bien pour cette cause que je me fatigue à lutter, avec son énergie qui agit en moi avec puissance.  » (Col 1,29). 
 
Ceci donne encore un autre éclairage au thème retenu pour le Chapitre général 2011 : « Va, avec la force qui t’anime, n’est-ce pas moi qui t’envoie ? » cette force vient ici de l’énergie salvifique jaillie de la passion du Christ, qui nous associe à Lui, pour entrer avec Lui dans son chemin de Serviteur de la Vie. Elle nous donne force, courage, persévérance pour nous décentrer de nous-mêmes, en recommençant encore et encore ce processus de décentrement qui ne nous est pas naturel ; elle nous rend disponibles pour nous dépenser généreusement sans compter, afin d’agir avec d’autres, et de chercher avec créativité ce qui peut favoriser la Vie parmi nous et autour de nous.
La Résurrection de Jésus n’est pas la fin de son œuvre, mais au contraire le commencement de l’aventure chrétienne. Jésus a l’audace de confier ce qu’il a commencé entre les mains de ses disciples afin qu’ils continuent avec Lui son œuvre de salut. En les envoyant, il leur donne la mission de continuer à être artisans de paix, de justice, d’espérance. Il leur demande d’être témoins de cette Bonne Nouvelle pour toute la création.
Ranimés par la présence du Christ ressuscité, Petites Sœurs et Laïcs, nous sommes appelés et envoyés pour prendre part à la mission du Fils. En accueillant cet envoi, nous retrouvons la persévérance de vivre en femmes et hommes dignes de ce nom, avec l’obstination évangélique de transformer la terre en Maison habitable pour tous. 
 
« Et moi, je suis avec vous pour toujours, jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20)
 
L’Esprit du Christ Vivant nous rend porteuses d’espérance et de compassion. Il nous permet de déchiffrer les signes de sa présence parmi les « petits » avec qui nous vivons : dans le courage de ceux qui ne se laissent pas abattre par l’adversité et continuent de lutter pour que les choses changent ; dans l’énergie de ceux qui, traversés par des situations de morts, sont encore capables de célébrer, et de rendre grâces pour la vie plus forte que l’échec. Fortes de l’énergie qui nous vient du Christ, nous voyons la vie là où, à l’apparence, il n’y a qu’un simple bourgeon, un petit grain de moutarde, et nous nous projetons vers l’avenir avec confiance, dans la foi que bientôt ce simple grain deviendra un grand arbre plein de promesse pour nous et pour ceux et celles qui nous rejoindrons plus tard.
 
« Ne soyez pas de celles qui se font un nid ou une tanière, mais vivez en Dieu avec Jésus-Christ.
Alors vous serez pleinement avec Notre Seigneur, il déposera en vous le germe de la vie éternelle et le développera lui-même : vous grandirez tous les jours en Dieu, vous serez un arbre qui étend ses branches… vous communiquerez aux autres ce que vous aurez reçu…
Soyez joyeuses dans le Seigneur, ayez foi en Jésus-Christ qui seul a puissance de vous sauver. Réjouissez-vous de ce qu’il vous a donné la grâce de participer à la Rédemption.
Réjouissez-vous parce que Jésus-Christ habite en vous, et que, lui qui sauve, justifie, récompense, vous donnera les grâces de l’apostolat.
N’ayez qu’un cœur, qu’un esprit, qu’une volonté pour aller à Notre-Seigneur.
Qu’il y ait unité entre vous dans la foi, la joie, le don de vous-mêmes. »

Etienne Pernet - approches V p.186
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

21/04/2011
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