Madagascar – partage sur notre vie en Eglise

Ce partage reflète ce que nous vivons en Eglise à Madagascar : une Eglise qui célèbre, qui espère, qui peine, une Eglise dans un peuple qui aspire à la vérité et la réconciliation, à vivre dans la sécurité.
 
- Fêter les 140 ans de l’arrivée du Père Finaz et des premiers missionnaires à Fianarantsoa ainsi que la canonisation de Jacques Berthieu (sj martyr), 
- le grand rassemblement des JMJ Mada 7 à Antsiranana appelant les jeunes à fonder leur vie sur le Christ,
- l’année de la foi et la proclamation du synode sur l’évangélisation… 
…ces évènements nous provoquent et nous appellent à être témoins du Christ dans le quotidien et à vivre avec foi comme nos ancêtres, ce que nous vivons humblement au niveau de la pastorale vocationnelle et avec les femmes de l’atelier « Kintana ».
 
CANONISATION DE SAINT JACQUES BERTHIEU : 
UN EVENEMENT MARQUANT DANS LA VIE DE L’ÉGLISE A MADAGASCAR
Après plusieurs années de recherche et d’enquête, l’Église a reconnu la sainteté du Père Jacques Berthieu. C’est un prêtre missionnaire français, Jésuite, qui est arrivé à Madagascar en 1875. Sa mission s’est exercée dans plusieurs lieux de Madagascar, surtout sur la côte Est et les hauts plateaux dont Fianarantsoa.
 
Cinq points ont été mentionnés dans sa manière de vivre et de travailler :
Il a été un apôtre infatigable, de nuit comme de jour. 
Il était proche des gens et attentif à leurs besoins
Il a beaucoup travaillé auprès des couples, dans le but de sanctifier la vie familiale par le sacrement du mariage.
Il a été témoin de la foi : au moment où les chrétiens étaient persécutés, on l’a menacé et il a préféré mourir plutôt que de renier sa foi.
Bon prêtre, bon religieux, il a vécu profondément sa vie et son attachement au Christ.
 
Le 21 octobre 2012, le Pape Benoît XVI l’a canonisé à Rome. Ce même jour, des célébrations ont aussi eu lieu à Madagascar, comme à Ambiatibe, à 50 km au nord d’Antananarivo où il est mort martyr, et à Fianarantsoa où il a beaucoup travaillé. Un pèlerinage, suivi d’une célébration Eucharistique a été organisé par le Diocèse pour marquer ce jour. En marchant vers la montagne nous avons fait un chemin de croix préparé à partir de la vie et la passion de Saint Jacques Berthieu, qui ressemblaient fort à celles de Jésus…
Toutes les paroisses de la ville étaient là, priant avec ferveur, et fières de cet homme qui reste un modèle de foi pour notre peuple Malagasy.
*****
JMJ MADA VII
 
Cette année, les Journées mondiales de la Jeunesse ont eu lieu à Antsiranana (au nord de Madagascar), du 05 au 10 septembre 2012. Arlette et moi, nous nous sommes jointes aux 40 000 jeunes de l’Ile qui étaient présents. Ces jeunes étaient répartis en 10 sites. 
 
Ces JMJ avaient pour thème : 
« Jeunes Catholiques, debout, vivez dans la foi et soyez enracinés dans le Christ ».
 
Plusieurs Évêques de Madagascar sont venus apporter leur point de vue sur ce thème :
. Mgr Philippe RANAIVOMANANA (Évêque d’Antsirabe), a insisté sur l’unité en Dieu Trinité, unité à laquelle nous, les jeunes, sommes appelés, avec Dieu, mais aussi les uns avec les autres
« Toi, comme jeune d’aujourd’hui, ta présence dans l’Église est vraiment précieuse. Ne retiens donc pas pour toi seul le Christ, mais en famille, en Église, partage-LE ! Le monde d’aujourd’hui a besoin du Christ et c’est toi qui vas LE lui donner. »
Prenons le temps de nous poser cette question : « Qui est le Christ pour moi aujourd’hui ? »
. Mgr Vincent RAKOTOZAFY (Évêque de Taolagnaro, de la commission du Clergé) a parlé de certaines traditions ou coutumes de la culture malgache qui ne sont pas tout à fait évangélisées, dans le sud de l’Ile surtout, ce n’est pas encore la vie chrétienne qui dicte la vie sociale, car les traditions et les coutumes existaient bien avant l’arrivée de la Chrétienté. Le plus triste, c’est que souvent, ce sont les chrétiens eux-mêmes qui sont plongés dans cette réalité et, qui, malgré leur désir, ont du mal à en sortir.
Quant à nous, si nous voulons arriver à réaliser notre désir, nous devons sérieusement enraciner notre foi dans le Christ et prendre tous les moyens que l’Église nous donne, avec la grâce et l’Esprit de Dieu !
 
Les célébrations de l’Eucharistie durant ce séjour étaient riches et très bien animées ainsi que le chemin de croix qui a eu lieu le vendredi après-midi, sur une grande place, tout près de la mer. Méditer ensemble ce chemin que le Christ Lui-même a dû traverser, me rend consciente de la vie du monde d’aujourd’hui où la justice, le droit et la dignité humaine ne sont plus respectés. Cette parole m’est venue : « Soyez forts, prenez courage car j’ai vaincu le monde »...
 
Les animations de tous les soirs, les différentes manières de chanter, de danser ou tout simplement de s’exprimer, ont redonné valeur à la culture Malagasy. Chaque Diocèse y a bien participé.
Une veillée de prière s’est déroulée durant la nuit du samedi, avant le rassemblement de clôture du dimanche : Imaginez les 40 000 jeunes priant, chantant, pendant toute la nuit, sous le vent froid et les poussières dues au climat de la région... N’est-ce pas eux que nous pouvons appeler « soldats du Christ ? »
 
En conclusion, nous voulons vous dire qu’une immense grâce nous a été offerte. L’espérance d’une vie nouvelle, avec l’encouragement d’être entre nous, les jeunes, nous a invités à replonger avec joie dans la vie quotidienne. Un temps fort inoubliable ! Allons, marchons, travaillons ensemble ! 
Lanto
 
Voici maintenant le témoignage d’Arlette :
 
Tout d’abord, j’aimerais souligner que ces JMJ Mada VII ont été précédées par un grand rassemblement de la Jeunesse Salésienne de Don Bosco de tout Madagascar, qui a eu lieu du 1er au 5 septembre, à Ambanja situé à une ½ heure de route d’Antsiranana. J’y ai participé. En plus d’une préparation pour les JMJ, le groupe a aussi vécu des temps de partage et l’évaluation de l’année écoulée ; les jeunes ont ensuite établi de nouveaux projets pour l’année pastorale.
 
Aux JMJ, nous avons eu des conférences suivies d’un temps de questions et réponses. Tout ce que les Evêques nous ont apporté concernait la vie des jeunes maintenant, ainsi que leur avenir. Je vous partage quelques interrogations qui m’ont beaucoup touchée :
 
« Vous, les jeunes, quelle est la profondeur de votre foi et jusqu’où prenez-vous vos responsabilités dans la vie de l’Eglise, dans la société, la famille, le pays ? Car c’est vous l’avenir de l’Eglise et du pays. Donc, tenez dans la foi et vivez-la en actes pour annoncer la Bonne Nouvelle avec des gestes simples.
 
Qui d’entre vous n’a pas d’objectif ? Vous en avez tous. Faites des efforts chaque jour pour atteindre votre but et n’oubliez pas de penser et de demander l’aide de la Sainte Trinité avant d’entreprendre votre travail et de remercier quand vous avez fini.
 
Vous les jeunes, vous êtes le sel de la terre ; donc allez annoncer la Bonne Nouvelle. N’ayez pas peur d’être témoins du Christ en tout ce que vous allez faire »
Arlette
 
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FLASH DES RENCONTRES AVEC LES JEUNES
 
Depuis le mois de Février 2012, les jeunes qui demandent à entrer chez les PSA font une récollection à la maison de formation « SOAMAHARAVO » à Ampopoka. Cette récollection est animée par les 4 jeunes sœurs Malagasy. Une quinzaine de jeunes y participent : celles de la petite maison et des externes.
 
En général, nous avons le matin, un topo et un temps de prière personnelle et l’après-midi le partage des fruits de la récollection ainsi qu’un temps de connaissance mutuelle à travers un jeu ou un moment de détente collective comme de regarder le film d’une histoire dans la Bible… Pour faciliter le temps personnel, nous donnons une piste de réflexion et /ou de méditation.
A la fin de la journée nous cherchons ensemble, pour la prochaine rencontre, le thème qui pourrait les aider dans leur suite de Jésus-Christ.
Plusieurs sujets ont été proposés tels que :
L’appel de Dieu
L’appel à la vie religieuse
La vie spirituelle
La maturité
 
Tous ces thèmes se basent sur la Bible. Notre objectif est d’aider les jeunes :
A discerner leur appel dans leur choix de vie, et à donner une réponse personnelle ;
A actualiser, d’une façon simple dans la vie quotidienne, la pratique de l’Evangile ;
A connaître petit à petit la congrégation ;
A garder le lien entre elles et les P.S.A.
Louisette
 
C’est la première fois que je participe à l’animation de ces rencontres avec les jeunes. Je sens que cette connaissance réciproque est très importante. C’est peu à peu que les jeunes découvrent leur chemin et se donnent à connaître. Leur venue est déjà un encouragement ainsi qu’un signe d’avenir. Ces rencontres les aident à nourrir leur désir de répondre à l’appel de Dieu, à se connaître elles-mêmes et à connaitre la congrégation. Je ressens tout cela à travers leurs questions et leurs partages. 
Charline
 
UN REVE QUI DEVIENT REALITE
 
C‘est ainsi que N… s‘est exprimée il y a quelques jours en s’adressant à une personne qui venait faire la connaissance des femmes de l’atelier « Kintana » (étoile en malgache). 
Est-ce un désir ? un projet ? un rêve ? Probablement ce sont ces trois aspects réunis qui ont permis à des femmes du quartier, soutenues par une sœur de la communauté, de mettre en route progressivement ce petit atelier de coupe et couture. Et aujourd’hui, entendre « ce n’est plus un rêve mais une réalité » en dit long sur le chemin parcouru.
 
Une réalité où se côtoient courage, solidarité et fragilité dans une vie de groupe difficile à certains jours mais où existe aussi l’entraide dans le travail et pour certains événements heureux et douloureux, tel la mort d’une femme de l’atelier lors de l’accouchement de sa petite fille, Marina, qui fut prise en charge par une autre femme de l’atelier. « C’est le soutien entre nous qui me fait tenir », dira une autre. Il est vrai que chacune d’elles a une vie « lourde » car elle doit pourvoir aux divers besoins familiaux dans un contexte économique actuel très difficile. 
 
Réalité de partage à égalité entre elles de l’argent obtenu par la vente de leur travail, au prorata des heures travaillées et après la déduction des dépenses.
 
Réalité dans la mise en commun du travail à faire en coupe et couture et, autant que possible, des responsabilités : tenue des comptes, coupe, recherche du travail auprès de clients potentiels etc. Une fois par mois nous faisons une réunion pour partager : « Qu’est ce qui va bien dans l’atelier, qu’est-ce qui ne va pas et peut être amélioré. » Cet échange est toujours un moment fort de prise en charge par chacune du fonctionnement de l’atelier.
 
Réalité de découvrir en soi-même la capacité de créer, de faire du beau et en être fière.
Sans quitter la confection habituelle des tabliers scolaires, des combinaisons de travail etc. nous avons cherché ensemble ce que nous pourrions innover à partir des chutes de tissu et du savoir-faire local. Nous avons commencé par des housses de coussins en patchwork, ce qui n’a pas été concluant, alors que faire ? L’idée est alors venue de confectionner des sacs à main ou à dos. Deux d’entre elles, soutenues par toutes les autres, ont été partantes pour se lancer dans l’inconnu. Les débuts furent laborieux, tout était à innover : modèles, confection, motifs de broderie (les Malgaches sont très habiles pour la broderie.) Mais au fil des jours, en même temps que les sacs se fabriquaient et se perfectionnaient, une expression de saine fierté se voyait sur leurs visages. Au premier sac vendu Charline a dit : « Cela me donne du courage, je suis capable de faire cela ».
 
Notre communauté, engagée dans ce projet apostolique, ressent fortement cet équilibre à trouver constamment non pas entre « rêve et réalité » mais plutôt entre « espérance et réalité » : espérance qu’un jour ce groupe prendra son autonomie pour fonctionner, et réalité de saisir le chemin que chacune fait au fil des jours au plan humain, social, familial.
 
Marie-Céline Mulliez
04/04/2013
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