Les Petites Soeurs en mission aux Philippines

Situation politique en 2012

Lorsque les Philippines ont acquis leur indépendance complète vis-à-vis des Etats-Unis le 4 juillet 1946, un gouvernement démocratique a été mis en place. Le premier président fut Manuel Roxas. Dès lors, plusieurs gouvernements, qui se prétendaient démocratiques, ont mis la main sur la vaste richesse du pays. En 1972 le président Marcos a déclaré la loi martiale, qui est restée en vigueur pendant 14 ans, jusqu’à ce qu’il soit évincé par une révolution en 1986.
 
En février 1986, le régime de Marcos est renversé par une insurrection populaire sans effusion de sang. Après ce soulèvement connu sous le nom de EDSA qui désigne l’endroit où a eu lieu la confrontation avec les militaires, Cory Aquino, dont le mari avait été assassiné, a repris à contre cœur la présidence, en essayant de restaurer un peu de justice dans le pays, un pays où 1% des 96 millions d’habitants détient 70% des richesses. Pendant sa présidence, l’opposition politique l’a empêchée de faire tout ce qu’elle aurait souhaité.
 
En 2010, après la mort de Cory Aquino, une pétition est effectuée pour que son fils se présente aux élections suivantes. Il accepte, et axe sa campagne sur l’éradication de la corruption, qui est la raison par excellence de l’écrasante pauvreté de la majorité des Philippins. Même s’il était déjà sénateur, quoique je ne n’aie jamais entendu parler de lui auparavant, il ne paraissait pas désireux de prendre la Présidence. Mais il était entouré de nombreux politiques qui se sont déclarés prêts à l’aider dans sa tâche.
Benigno Nonoy Aquino III a été élu président aux élections de 2010 à une grande majorité, même si son parti politique n’a pas très majoritaire au Sénat.
La tâche qu’il a entreprise est de s’attaquer au fléau de la corruption et des pots-de-vin dans chaque couche de la société, et de garantir une répartition plus équitable des richesses du pays. Quelle tâche d’envergure !
Pour beaucoup, cela paraît tout bonnement impossible, et le scepticisme est de mise. Même le système judiciaire n’est pas au-dessus de tout soupçon et au moment où je vous écris, le Sénat a entamé une procédure de destitution de Corona, le président de la Cour suprême (la plus haute instance judiciaire aux Philippines)… 
 
Les journaux rapportent sans cesse des cas d’enquêtes sur des pratiques de corruption et d’affaires concernant les administrations passées : détournement des fonds pour les forces militaires et de police, etc. Tout doucement, certaines personnes sont désignées comme étant responsables de leurs actions ; argent détourné, absence de comptes rendus sur de nombreuses années, en plus de nombreuses négociations douteuses !
 
L’un des premiers changements fut l’interdiction du « wang wang », une pratique utilisée par ceux qui se considéraient comme des VIP et qui mettaient une sirène sur leur toit de voiture pour doubler les autres sur la route. Maintenant, seuls les véhicules d’urgence sont autorisés à en avoir. Même le président n’en utilise pas !
Je vois déjà quelques changements d’attitudes par rapport à l’entretien des infrastructures ; il y a de petites améliorations dans le domaine de l’éducation, de la santé etc. Les plans de logement garantissent des habitations décentes pour les militaires et le personnel de police. Des efforts sont faits pour offrir un logement pour les pauvres à un prix abordable dans cette ville de Manille où tant de familles vivent dans la rue.
 
Un rapport publié récemment par l’Unicef indiquait que 49% de la population de ce pays, c’est-à-dire 45,6 millions de personnes, vivent désormais dans les villes.
Un Forum des Nations unies à Manille estimait que sur les 11,5 millions d’habitants de l’agglomération de Manille, près de 1,7 millions d’enfants (pour 570.000 foyers) vivent dans la misère noire de baraquements informels. Seuls 69% de ces familles ont accès à l’eau potable, et 89% ont accès à des toilettes. Les enfants qui vivent dans les zones urbaines les plus pauvres souffrent de dénuement, à plusieurs égards : ils n’ont pas de logements décents, ils sont exposés aux risques de maladies, ils ont un accès limité à l’eau potable, ils sont exposés à l’abus et à l’exploitation, et ne reçoivent pas les soins nécessaires. Le même Forum rapportait qu’un nombre inquiétant d’enfants bascule très tôt dans le monde du crime. Entre 1995 et 2000, 52.500 enfants en conflit avec la loi ont été arrêtés dans l’ensemble du pays… ce qui équivaut à un enfant par heure !
 
Le ministère des affaires sociales du Président Aquino est en train de mettre en place des programmes de réduction de la pauvreté par le biais de transferts d’argent conditionnels. L’argent versé à des familles très pauvres allègera la faim pendant un temps et permettra à un plus grand nombre d’enfants d’être vaccinés et d’aller à l’école, mais cela n’affectera pas les causes profondes de la pauvreté et de la faim aux Philippines.
 
Le dénouement du procès du Juge Corona sera décisif selon qu’il répondra ou non aux espérances de la population pour un vrai changement sur cette terre des Philippines.
 
Les Petites Soeurs de la communauté de Malibay
09/05/2012
Enregistrer au format PDF Imprimer l'article envoyer l'article par mail envoyer par mail
> Tous les articles remonter Remonter