L’alphabétisation des femmes à Lille (Lomme)

A la Maison de Quartier des Bois Blancs à Lille, depuis 2010, je participe comme bénévole à l’alphabétisation des femmes d’Afrique du Nord : Algérie, Maroc et quelques femmes d’Afrique noire.

Cette année 2012-2013 un pas de plus est franchi : une quinzaine de femmes vont se préparer à passer un diplôme : le DILF (diplôme initial de langue française). Elles sont accompagnées par une intervenante et deux bénévoles dont je fais partie. Elles se retrouvent deux fois par semaine. 
 
Mise en place par la Maison de Quartier, cette « classe prépa » a pour but de proposer aux élèves des cours de qualité leur permettant d’acquérir un niveau minimal et reconnu de maîtrise du français. Concrètement, les volontaires pourront bénéficier de 170h mêlant un travail d’écrit et d’oral et reprenant les savoirs de base, tout en ne s’éloignant pas de la vie quotidienne.
 
Nous voulons faire de cette préparation un vrai tremplin qui leur ouvre de nouvelles portes. Le DILF ne constitue qu’une étape ; libre à elles de passer d’autres examens une fois le diplôme obtenu ; un entretien individualisé permettra à chacune d’envisager un projet professionnel. Cette formation est vécue comme un atout pour chercher du travail, mieux gérer les relations avec les établissements scolaires, avec les administrations. « C’est important pour nous de progresser en français, explique Zoukia, pour remplir les papiers, lire, sans toujours demander de l’aide ».
 
Elles sont motivées pour apprendre ; les difficultés rencontrées viennent de ce que ces femmes n’ont jamais été scolarisées, et c’est très difficile à l’âge adulte de retenir, d’entretenir la mémoire en parlant français. A la maison il est plus facile pour elles de parler arabe et puis il y a le travail de l’intérieur, la cuisine à faire. 
 
Il faudra sûrement plus de temps pour acquérir l’écrit. Nous faisons aussi de la conversation ; elles aiment bien. Nous leur faisons exprimer les conditions de vie qu’elles avaient dans leur pays : (enfance, adolescence, mariage, les coutumes du pays et puis leur ville, le climat, la géographie, la cuisine, les plantes médicinales etc.) avec le devoir de parler en français. Au début, elles avaient peur de parler les unes devant les autres à cause des indiscrétions qui pouvaient arriver. Il a été convenu entre nous de ne pas divulguer ce qui était partagé dans le cadre de l’alphabétisation ; ceci a permis une libération de la parole, un échange constructif, une entraide, et un soutien. Il faut voir la joie de se retrouver ! L’une d’elles dit : « Ma famille c’est ici ».
 
Cette activité où règne l’amitié, la reconnaissance de valeurs d’autres cultures et religions me réjouit, m’ouvre au monde, me transforme. Nous partageons cette vie en communauté et nous avons le projet d’inviter pour Noël Angelina, du Bénin (avec son fils de 3 ans), seule avec peu de moyens. 
 
Soeur Thérèse
Communauté de LOMME 
18/12/2012
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