L’accompagnement des afghans à Nîmes

De septembre 2009 à novembre 2010. Un an après…Témoignage d’un groupe de bénévoles de Nîmes.

En septembre 2009, suite au « nettoyage de Calais », 42 jeunes Afghans ont été « transportés » de nuit, menottés, au Centre de Rétention Administratif (CRA) de Nîmes. 
 
Rapidement libérés sur intervention du Juge des Libertés et présentés au Tribunal, certains sont repartis, tandis qu’une vingtaine sont restés là. Dans un premier temps, ils ont été logés dans une salle paroissiale de notre secteur, prenant leurs repas à la Fraternité protestante. Puis, ils ont été répartis dans différents lieux : les uns dans le temple de la Fraternité, couchés à même le sol sur des couvertures, d’autres dans une maison qui a été donnée à l’Evêché pour l’accueil des femmes et enfants sortant du CRA, d’autres encore, durant un mois, dans un Foyer catholique et quelques-uns dans les locaux exigus de la Cimade… Ils ont pris leurs repas, pendant un an, dans les locaux de la Fraternité protestante.
 
Cet évènement s’étant produit dans notre quartier (le CRA est proche de chez nous), nous avons été interpelées et rapidement sensibilisées par cette détresse. Des bénévoles de diverses associations se sont proposés pour assurer des permanences un jour par semaine : Secours populaire, Banque alimentaire, Pain partagé, Restos du cœur, Aide protestante alimentaire, bénévoles protestants et catholiques…, ceci pour assurer accueil et présence fraternels, entretien ménager, courses, accompagnement chez le médecin, etc.… Le pain et les denrées alimentaires étaient fournis par les différentes associations citées et très vite, les Afghans ont préparé leurs repas eux-mêmes par roulement. Cet accompagnement a été rude au début, du fait de la difficulté à se comprendre, quelques mots d’anglais ont facilité le dialogue de même que le désir de les aider sans faire à leur place… On a précisé rapidement les lieux d’hébergement : maison de l’Evêché, la Fraternité et Cimade, les repas se prenant à la Fraternité et à la maison de l’Evêché.
 
Une Association d’Afghans de Montpellier « A.D.A.M », Afghans présents depuis plusieurs années, a apporté un réel soutien psychologique, détente, traduction, aide à l’apprentissage du français. “Réseau d’Education sans Frontière” a aussi beaucoup collaboré. La Cimade, aidée d’un traducteur, les ont accompagnés dans leur demande de droit d’asile auprès de l’OFPRA . A ce jour, ils ont tous une autorisation temporaire de séjour de 3 mois renouvelable, ainsi qu’une Allocation de 300 € par mois A.T.A. (Aide Temporaire Alimentaire). Cependant, leur avenir reste très incertain… ils n’ont pas d’activité. « On mange, on dort… »
 
Cette présence près des Afghans a été coordonnée par le Pasteur de la Fraternité protestante et la Cimade en ce qui concerne l’organisation matérielle, les plannings de présence, un regard sur les entrées et sorties de denrées alimentaires dans le local – plusieurs mises au point ont été faites – et a demandé, par ailleurs, beaucoup de gratuité de la part des bénévoles.
 
En juin, les enseignants bénévoles ont organisé un temps de bilan des connaissances acquises, niveau DILF , afin d’étoffer leur dossier.
 
Avant les vacances, un méchoui a été organisé dans la cour de la Fraternité, rassemblant tous ceux qui ont accompagné les Afghans, chacun apportant le plat de son choix.
Nous étions 80, alors que 40 personnes étaient attendues… belle soirée d’amitié sur fond de musique orientale, au cours de laquelle les diplômes ont été remis à ceux qui avaient passé le DILF et où les Afghans, en tenue locale, nous ont fait apprécier des danses de leur pays.
 
Moment fort pour nous, mais aussi pour eux… De même, à la fin du Ramadan, les Afghans ont invité à un repas tous ceux et celles qui les ont accompagnés durant ces mois, des danses afghanes ont coloré l’après-midi.
Quelques orientations ont été prises avant l’été en vue d’une plus grande autonomie des Afghans : ceci, du fait qu’ils ont des papiers temporaires, une allocation, et que les locaux de la Fraternité seront fermés en août, période de vacances. La disponibilité des uns et des autres a permis que ces mois d’été se déroulent bien.
 
Début septembre, plusieurs questions se posaient : la Fraternité protestante désirait récupérer ses locaux mis à disposition depuis un an, des femmes et des enfants, sortant du CRA, avaient besoin d’être accueillis dans la maison initialement prévue à cet effet, alors que de nombreux sans-papiers étaient à aider. Face à cela voici ce qui est proposé aux Afghans : Cinq d’entre eux peuvent être accueillis dans les Cévennes – un ami protestant met à disposition un appartement pour un an, les charges étant à régler par les occupants, cinq autres sont accueillis dans les mêmes conditions à Montpellier, et les autres iront dans deux appartements à Nîmes, ils bénéficieront de l’Allocation logement. Tous ceux-ci auront besoin d’un accom-pagnement pour gérer leur budget et leur organisation… Des référents se proposent donc pour accompagner les différents groupes.
 
Il a fallu aussi négocier la destination des uns et des autres… et, avant la séparation, une fête a rassemblé tout le monde dans le temple, à cause du mauvais temps… Au cours de cette rencontre, trois Afghans ont témoigné de ce qu’ils avaient vécu et ils ont été heureux de nous dire le chemin accompli depuis une année qu’ils sont à Nîmes, ceci avec beaucoup d’émotion et des remerciements chaleureux. Joie de se retrouver tous, dans une très chaude ambiance fraternelle, plats de différents pays… musique orientale, et aussi un diaporama sur grand écran retraçant Calais, le départ… l’arrivée au CRA…
A l’issue de cette action, qui n’est pas encore terminée, le pasteur a proposé à tous ceux qui le désiraient de participer à un groupe de parole autour de ce qui avait été vécu, pas toujours facilement, dans lequel chacun pourrait s’exprimer et dire s’il se sentait modifié, bousculé, peut-être enrichi !
 
Nous avons apprécié cet échange fraternel œcuménique : il nous a appris à connaître les protestants, à apprécier les musulmans, à découvrir de vrais amis. Il nous a également fait davantage prendre conscience de la souffrance liée à l’immigration et à la clandestinité, de la réalité douloureuse et complexe de l’Afghanistan ; il nous a conduits au service de musulmans déracinés dont nous devons découvrir les richesses et les exigences. Ces rencontres multiples enrichissent, bousculent, et emmènent au-delà de nos frontières, pas seulement géographiques mais aussi culturelles, religieuses, personnelles, en nous amenant à regarder la réalité de l’immigration, de la clandestinité.
 
Soeur Bernadette avec Jean-Pierre et Françoise, amis de la communauté
 
17/11/2011
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