JPIC - Scène politique brésilienne

En 2014, le peuple brésilien a vécu l’élection la plus polarisée de notre jeune démocratie (notre régime démocratique n’a que 26 ans), avec d’un côté le principal candidat de l’opposition, M. Aécio Neves membre du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) qui a gouverné le Brésil dans les années 1994-2002, et de l’autre côté la candidate à la réélection Mme Dilma Rousseff, représentante du Parti des travailleurs (PT), qui a été emprisonnée et torturée durant deux ans pendant la dictature militaire brésilienne.

La campagne électorale a été très disputée et c’est Mme Rousseff qui a fini par être réélue présidente de la République du Brésil, avec une différence de trois (3) millions de voix en sa faveur : un résultat serré par rapport au contexte brésilien.
 
Même si le Parti des travailleurs est parvenu à faire réélire sa représentante au poste le plus haut de l’exécutif national, il n’a pas remporté la même victoire au sein du pouvoir législatif : en effet, la Chambre des députés est composée en majorité de membres représentant les branches conservatrices de la société pour former ce qu’on a surnommé la « Bancada BBB » (Bœuf, Balle et Bible) : le « Bœuf » est représenté par les députés associés aux affaires agricoles, la « Balle » est représentée par les acteurs des forces de l’ordre telles que la police et l’armée ; et la « Bible » est représentée majoritairement par les députés leaders, de profil fondamentaliste, des représentants des églises du néo-pentecôtisme.
 
Dans ce contexte, le député fédéral Eduardo Cunha a été élu président de la Chambre des députés fédéraux (Assemblée nationale), avec le soutien de la majorité des représentants conservateurs de la « Bancada BBB ». Il faut préciser que le député a déjà été impliqué dans des scandales de corruption depuis les années 1990. Dès qu’il a accédé au poste de président de la Chambre fédérale, il a commencé à mener des poursuites et des actions dans l’intention de porter préjudice au gouvernement de la présidente Dilma Rousseff.
Parallèlement, sur l’initiative des organes du pouvoir judiciaire, a été lancée l’une des plus importantes investigations jamais vues au Brésil, l’opération Lava Jato (« lavage express »). Ces enquêtes cherchent à démanteler des schémas de corruption installés depuis les années 1980 (période de la dictature militaire) au sein de la Petrobras, entreprise étatique brésilienne, qui figure parmi les entreprises pétrolières plus importantes du monde.
 
Dans ce contexte, plusieurs membres du pouvoir judiciaire et des médias brésiliens se sont servis des résultats de l’enquête en les manipulant pour alimenter un processus d’aliénation collective dans le but de compromettre le Parti de travailleurs et ses alliés, en les accusant d’engager un procédé institutionnel de corruption.
 
Pourtant, le pouvoir judiciaire lui-même a déjà déclaré publiquement que la corruption à la Petrobras datait de la période du gouvernement militaire, plus précisément des années 1980, et que les gouvernements du Parti des travailleurs furent ceux qui donnèrent le plus d’indépendance et de structures d’investigation à la police fédérale et judiciaire. Face à cela, dans l’intention de déguiser la vérité, les médias divulguent des informations confidentielles sélectives démontrant uniquement la participation des acteurs politiques liés au Parti des travailleurs.
 
Dans cette conjoncture, le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, plusieurs fois cité par les dénonciateurs de l’opération Lava Jato comme étant l’un des protagonistes des systèmes de corruption dans la Petrobras, s’est allié aux partis de centre droite pour tenter d’ouvrir un procès en destitution sans base constitutionnelle.
 
L’accusation qui pèse contre la présidente se fonde sur un rapport du Tribunal des comptes de l’Union, qui a suggéré la réprobation des comptes du gouvernement fédéral pour l’année 2014, argumentant que la présidente avait accompli un acte illicite dit de « pédalage budgétaire » (maquillage des comptes). Toutefois, l’acte pratiqué par la présidente Dilma Rousseff, fut le même que celui de tous les présidents qui l’ont précédée au cours de la période de re-démocratisation du Brésil ; ces actes sont également pratiqués par les 18 gouverneurs d’États et par plusieurs maires dans leurs communes.
 
 
C’est un réel coup d’Etat qui est en train de se jouer au Brésil pour tenter de destituer la présidente démocratiquement élue, à partir de preuves soi-disant légales, mais qui cachent une organisation putschiste (à laquelle la participation des hommes politiques des différents partis de l’opposition, y compris le président de la Chambre des députés, n’est plus à démontrer) ayant pour seul objectif de s’emparer de la présidence de la République afin d’empêcher la poursuite des enquêtes de l’opération Lava Jato.
 
 
Dans ce contexte, des représentants de la classe privilégiée brésilienne financent des manifestations dans les rues contre la présidente Dilma Rousseff. Par opposition, les mouvements sociaux, les organisations de gauche, les universités, la Conférence Nationale des Evêques du Brésil (CNBB) et différentes branches de l’Eglise catholique, occupent les rues du pays pour montrer leur indignation et se déclarer contre la destitution de la présidente Dilma Rousseff.
 
Émerson Santos
Licencié en administration publique
Sr. Marcia SI- JPIC
 
en savoir plus :
 "Comprendre la chute de Dilma Rousseff en 8 épisodes", Le Monde 
14/06/2016
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