Habitat et Urbanisme en France : Histoire d’un commencement...

En Juin 1994, nous démarrions au Havre l’antenne d’Habitat et Humanisme dont le but était de créer du logement pour les plus démunis, un beau programme, cependant très complexe.

Vingt ans après, nous nous sommes retrouvés, tous les acteurs de cette fondation, qui a continué sa lancée, et s’est bien structurée aujourd’hui. 
 
Comprendre, c’est remonter un peu notre histoire ; c’est un peu celle de tout ce groupe, réuni dans les locaux d’Habitat et Humanisme du Havre en ce 27 mai 2014.
Une histoire ancienne qui se situe dans les années 80, lorsque autour de Claude Huret, prêtre ouvrier de la Mission de France, se crée un groupe de réflexion, chrétiens/musulmans, d’abord pour aider l’Evêque et l’Imam du Havre à trouver un lieu de culte musulman, puis pour aborder les questions d’insertion et de logement des travailleurs immigrés mal logés. Des réunions, où, autour des prêtres ouvriers, une « mayonnaise » prenait corps entre chrétiens et musulmans. Des bénévoles et militants, arrivés par l’ASTI (Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés), l’APAAM (Association pour l’Accueil et l’Alphabétisation des Migrants) et l’AHAM (Association Havraise pour l’Accueil aux Migrants) ainsi qu’avec certains élus, une dynamique allait se traduire dans le développement de la vie associative locale, en particulier la fête des couleurs, et aussi dans les interventions sur les quartiers autour du logement.
Pour nous, ce qui marquait cette histoire, c’était le climat amical et créatif sur fond de terreau spirituel au-delà des religions qui nous réunissait. C’était la Foi, c’est-à-dire le service de l’homme et la volonté d’agir au service des personnes défavorisées. Le tissu associatif débordait les pouvoirs en place, comme le livre blanc qui dénonçait les pratiques de l’OPHLM (Office Public d’Habitation à Loyer Modéré). C’est ainsi que sont nées différentes actions : le Fond du logement mis en place, plus tard par « la loi Besson » puis la première Agence Immobilière à Vocation Sociale, (AIS), qui ont été les premiers à mettre en place des sous-locations pour les familles dont personne ne voulait.
Pas étonnant, dans ce contexte, qu’on ait été séduit par le projet « Habitat et Humanisme » : créer du logement social, grâce à 1/3 de fonds propres, 1/3 de subventions, et 1/3 de prêts à la caisse des dépôts et consignation, avec l’idée de mixité sociale, et accom¬pagnement des familles relogées. Bernard Devert, créateur d’Habitat et Humanisme à Lyon, vint présenter le projet au Havre.
 
Beaucoup furent séduits par le dynamisme, et le projet économique et social. Avec l’équipe qui se connaissait depuis plusieurs années autour de l’ASTI, est décidée la création d’une antenne d’Habitat et Humanisme Haute Normandie, à Rouen et au Havre, ainsi qu’à Evreux. Alors que le mouvement est animé habituellement par des hommes, cadres d’entreprise, de la banque et de l’immobilier, ce furent surtout des femmes, femmes militantes et engagées dans le social qui le portèrent au début.
 
Comme je venais d’être en retraite professionnelle, il m’est dit : « tu vas pouvoir donner ton temps à ce projet… » Dans l’équipe, il y avait à la fois des professionnels et des bénévoles, c’était une richesse, pas toujours facile à gérer. Un bénévole nous a particulièrement marqués, Denis. Il était gestionnaire de patrimoine, et n’avait pas son pareil pour placer les produits financiers : « Habitat et Humanisme réconcilie le social et l’économique » disait-il. Malheureusement, il est décédé trop rapidement. La petite équipe se réunissait tous les mardis, autour d’un repas dans le local de l’association, et c’est là que tout se débattait et se décidait : quel logement acquérir, quelle famille choisir ? Rapidement, un « emploi-jeune » est recruté, et Magali deviendra secrétaire pendant plusieurs années.
 
 
Crédit photo : Collectif Item
 
Jusqu’où prendre des risques ? 20 ans après, la question est toujours là. L’actuel Président de l’antenne du Havre, et présent à la réunion, rappelle que certaines de ces familles sont toujours présentes, avec des situations sociales difficiles. Il y eut cependant des parcours d’insertion réussis, tel celui de Thierry qui avait été SDF. Je suis restée animatrice de cette équipe pendant 9 ans, jusqu’à mon départ pour Bruxelles où Jean-Marcel m’a remplacée. André, présent à la rencontre, dit que « mon comportement et mon attitude sont caractéristiques de la formation des PSA à l’accompagnement des personnes les plus fragiles. » Cela me touche d’avoir été reconnue dans ce travail comme une PSA.
 
Il est vrai qu’André connaît les PSA depuis longtemps : d’abord par la tante de sa femme, Sr Colombe-Marie, en passant par la communauté de Sfax en Tunisie, puis au Centre de Soins de Macon ; c’est là qu’il a connu Sœur Claude, qui terminera sa vie avec 2 autres sœurs dans un hospice, à Grugny près de Rouen, et qu’il ira voir plusieurs fois. Enfin à Habitat et Humanisme. Voilà ce qu’il écrit lui-même : « Grâce à mon engagement dans le mouvement Habitat et Humanisme, 2 nouvelles Petites Sœurs ont croisé ma vie : Michèle, venant participer comme moi au « Comité des donateurs », lequel est chargé par le comité de la charte du bon usage de l’argent récolté, la 2ème , c’est Marie, venue à Lyon avec des familles havraises relogées pour le vingtième anniversaire du mouvement. »
 
Toute cette histoire a été écrite pour ne pas oublier les humbles commencements, au moment où le mouvement s’apprête à fêter ses 30 ans en 2015.
 
Soeur Marie
22/04/2015
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