Petites Sœurs de l'Assomption

LE TRAVAIL FAMILIAL


"Marche avec ton peuple et avec ton Dieu"
Conseil de Congrégation SAO PAULO 2003



              Le travail familial à Vaulx en Velin et dans les communes avoisinantes me fait marcher avec un peuple aux mille couleurs.
Comme j'aime dire en souriant : "Avec mon travail, je fais le tour du monde… je suis déjà passée par la Tunisie, l'Algérie, le Maroc, le Kurdistan, Madagascar, les Comores, le Vietnam, la Guinée, la Côte d'Ivoire, l'Italie et la France".

'Marche avec ton peuple' … cela ne va pas de soi dès les premières rencontres car il me faut découvrir ce peuple, sa langue, ses relations familiales, sa manière d'éduquer les enfants, sa nourriture, sa manière de s'habiller, sa religion, sa façon de disposer la maison… avant de pouvoir dire 'mon peuple' : long travail d'apprivoisement mutuel.

Après un long temps passé dans une famille comorienne, je réalise combien je choque en laissant grimper les enfants sur mes genoux ou sur mon dos. Pourtant les enfants aiment ces moments de jeux et de connivence.
Les repas sont aussi des lieux étonnants de découverte : Où ? Quand ? Comment ? Que manger ? Avec qui ? Il me faut un petit temps d'adaptation, laisser tomber mes réflexes français pour servir, au petit déjeuner, une assiette de riz. Je pose l'assiette par terre et les quatre petits s'installent autour. Je m'étonne aussi quand je vois passer une famille à table vers 3h de l'après-midi. La cuisine est réservée, soit pour les enfants, soit pour les femmes et
les enfants; les autres, les hommes et les invités mangeant au salon. Quand les parents ne sont pas là, j'essaye de respecter ces habitudes.

La place donné aux aînés de la fratrie ne correspond pas toujours à nos schémas familiaux.
Mais pourquoi, quand et comment vouloir changer quelque chose ?
Fanta , Guinéenne, 14 ans, est l'aînée de sept. Ses parents souhaitent qu'elle réussisse à l'école mais en même temps, ils lui demandent de participer à l'organisation familiale (cuisine, ménage, conduite à l'école des petits frères) comme le veut leur culture.
Plusieurs fois je me mets au travail avec Fanta; nous commençons des révisons de maths et la maman l'appelle pour un service, par exemple conduire ses trois petits frères chez l'ophtalmologue. Fanta est une jeune fille épanouie, responsable; elle aime s'occuper de ses frères et le fait très bien. Intelligente, elle a pourtant du mal à se concentrer sur ses devoirs.

Quand j'arrive le matin, dans certaines familles j'entre avec précaution dans les pièces ou je me 'réfugie' dans la cuisine en attendant que tout le monde se lève. En effet, je ne sais pas où chacun s'est installé pour dormir. Il n'y a pas de lit et durant la journée, les coussins et les couvertures sont empilés dans un coin. Je suis étonnée de la répartition des pièces, par exemple une chambre pour le père et les biens de la famille (nourriture, papiers officiels, argent), une pour la mère et les petits en bas âge, une pour les autres enfants.

Ce sont toutes ces petites expériences qui font que parfois je me sens étrangère au peuple avec qui je marche. Autant je me sens française accueillant des étrangers quand je me dis habitante de Vaulx en Velin, autant je me sens étrangère quand je suis travailleuse familiale. J'entre dans une terre étrangère mais sacrée, pour faire avec les familles ce qui est le plus quotidien selon leurs cultures et leurs traditions.

Cette expérience est riche même si elle est déroutante. Elle me fait redécouvrir l'essentiel dans mon travail et dans la relation aux familles.

Qu'est-ce qui est fondamental pour grandir, pour développer sa capacité d'aimer, d'entrer en dialogue avec ses proches et avec Dieu.
Pour que la famille soit un lieu de vie où chacun est appelé par son nom, invité à la créativité et à prendre progressivement part à la construction du monde .

Peu importe à quelle heure nous mangeons pourvu qu'il y ait de quoi, le rôle de chacun si chacun a le sien dans le respect des personnes…

Comment, par mon travail, je peux créer des passerelles entre deux cultures pour que les richesses des unes et des autres ne soient pas perdues et pour que chaque membre de la famille soit bien chez lui, ici, tel qu'il est ?

                                                                                                                                               Agnès David
                                                                                                                                              Vaulx en Velin

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