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" Vous croyez en Dieu, c'est ridicule", voilà
ce que lance Mme H. à sœur Anne Marie. Mais l'amitié se construit, la
prière se fait suppliante pour cette femme qui ignore que Dieu
l'aime.
En
l'année de grâce 1988, Thérèse S, fervente du " Club de l'Age d'or", dont
elle était la première psa participante, m'a entraînée dans son sillage et
pendant des années, jusqu'à sa mort, nous y sommes parties bras dessus,
bras dessous.
Les
années ont passé, Madeleine L est venue remplacer Thérèse, puis Anne Marie
K et Annick G sont venues compléter la collection.
Au milieu de toutes ces dames - nous étions alors 150 inscrites -
certaines sont évidemment plus faciles d'accès, plus sympathiques si l'on
veut. Bref, je me suis liée d'amitié avec Mme H. Laure… je ne sais pas
pourquoi

Laure est une maîtresse femme, pleine d'esprit, sachant par cœur des pages
et des pages de poésies qu'elle récite, les jours de fête, avec gestes à
l'appui. Les jours où il n'y a pas de conférence, l'après midi se
passe à parler ou à jouer qui au scrabble, qui aux cartes, etc.
Un cercle restreint joue au bridge et Laure n'a eu de cesse que j'en fasse
partie, m'expliquant avec patience les règles que j'avais complètement
oubliées.
D'autorité et sous sa protection, je suis donc rentrée dans ce cénacle,
avec une certaine crainte. Je dois dire que tout le monde a été très
gentil. Souvent, j'ai été invitée à raccompagner Mme H. chez elle ou
à goûter en discutant. En discutant… car Mme H. est athée,
athée virulente. " Ma pauvre sœur Anne Marie, vous avez tout
gâché… Dieu n'existe pas… vous avez bâti votre vie sur du néant"...
etc
Mme H.
est baptisée, elle a été élevée par des religieuses… Elle est athée,
le proclame à tout venant et veut persuader ses amies.
Dans son genre, Mme H. est très sympathique, mais elle est
brouillée avec son unique sœur. Quand nous l'avons connue, elle
avait du mal à s'entendre avec sa fille unique, Françoise, agrégée de
latin/grec et professeur dans un lycée. Ce
n'est que petit à petit, en parlant à la mère et à la fille que nous avons
essayé de les rapprocher et qu'elles se sont mieux comprises.
L'autre
jour, au Club, un peu avant Noël, nous étions réunis autour d'une table de
huit personnes. Mme H. prend la parole, tout d'un coup, et dit : "
Sœur Anne Marie, il faut que je vous dise quelque chose…" "
Je vous écoute Mme H. …"
" Anne Marie, vous êtes une personne agréable,
intelligente, mais d'une naïveté incroyable, incroyable"
. " A quel propos, Mme H. ? de quoi
voulez-vous parler ?"
" Je veux dire que vous croyez en Dieu…
c'est ridicule !"
" Bien sûr, j'y crois de toutes mes forces; je ne
suis pas la seule. Il y a des siècles et des siècles que les hommes y
croient, des prêtres, des savants, des hommes de toutes races…"
" Des prêtres… j'en connais beaucoup, mais ils n'y
croient pas; ils font leur métier, c'est tout ! D'ailleurs les églises
sont vides, la religion… c'est fini…" etc.
Autour de la table personne ne parle… tout le monde
écoute en silence nos débats; je laisse parler. Puis, après avoir dit qu'à sa mort, elle sera très contente de
reposer dans la terre sur laquelle pousseront des fleurs, tout sera
fini… je finis par lui dire: "Écoutez Mme H. je vous donne
rendez-vous dans 15 ou 20 ans, vous serez morte, moi aussi; je vous
promets que je viendrai vous trouver; vous verrez enfin que Dieu existe;
Il sera tout près de nous".
Un Monsieur, ancien instituteur,
remarque " nous verrons peut être que la sœur a raison" .
Voilà que la semaine dernière je reçois un téléphone
affolé de la fille de Mme H. : "Maman est tombée, elle a eu
une attaque, elle est paralysée; elle vous demande, venez" . Je
demande des prières à toutes les sœurs que je rencontre et je pars à
l'hôpital.
La belle Madame H. est là, recroquevillée dans
un fauteuil, entourée de coussins blancs, pauvre chose décoiffée, la
bouche de travers, les yeux fermés… Elle ne peut plus parler, mais elle
entend. Elle, qui devait prendre une ampoule de cyanure dès qu'elle se
sentirait mal, comme elle m'avait dit, n'en a pas eu le
temps… Je reste près d'elle, suppliant le
Seigneur de me souffler ce qu'il faut dire. Avant de partir, j'avais
trouvé une belle carte de fleurs sur laquelle était écrit: "
Le Dieu de miséricorde
aime les hommes".
Quand
sa fille lui dit que je suis là, Mme H. ouvre un œil; je l'embrasse et je
lui lis la carte… Voilà qu'elle la met sur son cœur. Alors, dans
l'oreille, je lui dis : " Mme H. vous ne croyez pas en Dieu, mais
nous, nous y croyons et nous prions pour vous; Dieu vous aime comme vous
êtes…" J'étais un peu effrayée de ce que j'avais dit; mais non,
elle me regarde de son unique œil… et elle a esquissé un sourire… un vrai
sourire.
A côté d'elle, j'entends sa fille qui ne comprend pas
et dit : " Maman, il faut que tu vives pour ceux qui
t'aiment
Je
suis retournée deux fois voir Mme H. et tous les jours sa fille me
téléphone. La malade ne fait plus aucun signe, elle est dans le
coma.
A-t-elle compris que Dieu existe et qu'Il
l'aime….
Soeur Anne
Marie Poisson Paris |
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