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Une page d'histoire, émouvante et belle, de
reconstruction, de reconnaissance. Une histoire d'amour non exprimé,
emprisonné…. et qui un jour, a pu se construire, se vivre. On ne peut
que communier à l'action de grâce de la communauté des Petites Sœurs à
Creil.
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Un jour,
Françoise nous dit à table : je viens de
recevoir un téléphone de MR (aumônière de l'hôpital) qui demande si
une petite sœur pourrait visiter une personne qui sort de l'hôpital
avec un cancer très avancé; elle habite dans notre quartier. Je réponds : " C'est dans mes possibilités"
.
Aussi, durant 6 mois
environ, je vais voir régulièrement Monique qui souffre beaucoup,
physiquement et moralement; elle se montre agressive envers ses
visiteurs tout en réclamant leur concours. Une voisine d'une
trentaine d'années manifeste une patience extraordinaire… une autre va la
voir quand elle retourne à l'hôpital… Nous formons une équipe de
six personnes et assurons ses courses qui ne sont jamais à son goût. Elle
nous parle de deux enfants avec lesquels elle est en relation
difficile. Elle est enfin placée dans un service de soins
palliatifs à une trentaine de km de Creil où je vais la voir, çà et là
avec une autre Monique… et une fois avec Josée Marie
Le 22
Mai, nous vivons avec elle une complicité extraordinaire et le 28 nous
apprenons son décès. Le 31, nous allons à sa mise en bière où nous
découvrons qu'elle a eu 6 enfants (5 sont présents) dont certains
ignoraient l'existence des autres. Nous
lisons le texte que nous avons préparé, seuls mots d'humanité avant sa
crémation :
" Aujourd'hui, tu nous réunis
pour célébrer ta vie. Comme pour chacun, c'est un profond mystère ! Nous
ne te connaissons que depuis quelques
mois, mais cette chaîne d'amitié que tu as provoquée sans la chercher a un
goût d'éternité, cette immense tendresse qui a saisi nos cœurs
vient de plus loin que nous, sans doute " de l'Amour qui est Source" .
Le Dimanche avant ton départ, alors que tu exprimais ta peur de
mourir, nous avons vécu des instants bouleversants quand Monique a enlevé la bague de son doigt pour te la
donner; tu t'émerveillais devant ce cadeau sorti du cœur; avec nous (les
deux Monique) ceux qui se tenaient au courant de ta santé, de tes besoins
étaient présents d'une certaine manière : Isabelle et son compagnon, Dany,
Aline, ainsi que Mr R. Leur coopération pénétrait en toi et ton cœur
tendre perçait la rude écorce dont nous avons parlé. Nous admirions les belles
photos de ta fille et de son enfant. Ton masque d'oxygène ne t'empêchait
pas de réagir joyeusement aux drôleries que nous inventions pour
te distraire. Tu ne voulais plus que nous partions. Dans cet instant d'au revoir, j'ai
comme la certitude que le bonheur qui t'échappait ici-bas rayonne en toi
et nous t'aimons toujours" .
Cinq
enfants sont présents et font connaissance entre eux. Au mois d'Octobre l'un d'eux téléphone
pour demander si l'on pourrait prévoir une messe à la mémoire de leur mère
à Creil. Je lui demande alors un écrit de la
famille afin de préparer la célébration et je reçois par mail le texte
suivant qui me bouleverse:
 " Une mère donne le sein à son enfant
pour le rassasier. Une mère console son enfant quand il pleure et le
serre dans ses bras. Une mère berce son enfant pour l'endormir
doucement. Une mère chante à l'oreille de son enfant pour le
consoler. Cette image attendrissante n'est pas celle qui te ressemble
!!
Il est bien difficile de
reproduire les choses que l'on n'a pas apprises. Pour être mère, il faut
avoir été enfant. Parce que tu n'as jamais trouvé le bon modèle, tu as eu mille vies. Mille vies pour
essayer de toujours faire mieux ou conjurer le sort. Or tes milles vies n'ont été qu'une unique
et éternelle répétition. Sans jamais faire le lien entre toutes ces vies,
tu laissais à chaque fois tes paquets
et tu partais. Sauf que dans ces paquets, il y avait nous, tes enfants.
Abandon ou fuite ?? Sûrement un des deux. Effectivement, tu
as abandonné chacun de tes enfants, mais tu as surtout tenté de semer le
mal être qui était en toi et tu as laissé à chacun la chance de ne pas
suivre la spirale de tes doutes, de tes peurs, de ton malaise.
Chacun d'entre nous tisse sa vie au fil des rencontres et des moments de
vie partagés. Le tissu se noue fil à fil et il s'épaissit de la richesse
de nos existences. Parfois le tissu se déchire, ou il se troue à cause
d'événements que l'on peut prêter au hasard ou à la fatalité. Cependant,
en y prenant soin, ou avec un peu de fil et une aiguille, il arrive à
reprendre son aspect originel. Aujourd'hui, tes
enfants sont là pour t'aider à retisser les liens manquants et lui
redonner un bel aspect. De nos vies multiples, nous n'en faisons qu'une,
celle de ton histoire pleine de mystère, de secrets, mais au final de
surprises.
Tu peux maintenant partir en paix
car aujourd'hui nous formons une vraie famille.
Je ne t'ai que très peu connue mais notre brève
rencontre m'a laissé des souvenirs profonds et forts. Je n'ai pas vu
qu'une femme perdue. Sous ce masque aux allures détestables, se cachait
une véritable sensibilité. Tu appréciais la musique, tu appréciais le
cinéma, et en secret tu rêvais d'un voyage en Russie. J'ai eu, je crois,
la chance de découvrir chez toi tous ces dons. Loin de moi l'envie de te
juger sur ce l'on pourrait appeler des erreurs de jeunesse; j'étais venu à
ta rencontre pour tenter de comprendre ces morceaux de vie qui me
manquaient. Mais je me rappelle d'être parti en te disant que malgré ce
que l'on pouvait penser de ton passé, il y avait
une chance dont tu pouvais te vanter : c'était le fait que tes enfants
avaient tous bien tourné.
Dans abandon il y a le mot DON, comme dans
pardon. J'ai aujourd'hui un regret : celui de ne pas avoir eu le temps
de pouvoir t'appeler " Maman" et de te dire que je t'aimais.
Alors je te dis : "
Maman" , je t'aime et je te pardonne
.
La célébration a lieu le 28 Octobre et Monique,
aumônière de l'hôpital, termine en disant à tous :
" Monique, tu m'épates ! Oui tu m'épates, je te le dis tout
net. Durant les quelques mois où nous
nous sommes côtoyées, tu m'as souvent étonnée par ton comportement, tes
réactions quelquefois brusques, en tout cas directes, tu ne savais pas
feindre. Tu m'as étonnée par la justesse de tes analyses, par la finesse
de tes propos. Mais cette fois-ci, je te le redis, tu m'épates : en
t'éclipsant, tu as réalisé un miracle, un miracle d'amour. Tes enfants dispersés, inconnus souvent les uns des
autres se sont retrouvés réunis, découverts dans la tendresse. Dominique,
Muriel, Philippe, Christophe encore espéré, Sabrina, Nicolas, ne vous
lâchez plus. Dansez toujours joyeusement votre belle farandole. Faites
perdurer à tout jamais ce miracle de l'Amour !"
Tout cela nous touche profondément et nous fait
réfléchir sur le sens de la vie et sa valeur dans notre monde. Monique a
respecté la vie de ses enfants, elle n'était pas apte à les élever,
d'autres ont pris le relais et tous ont trouvé leur chemin. Ils forment
maintenant une " vraie famille" …

"Ta main nous conduit" .
Communauté de Creil, Monique
Conclusion par Josée
Marie
:
Pour conclure cette relecture remplie de " bourgeons
de vie", j'ai envie de redire ma joie d'être Petite Sœur de l'Assomption.
J'ai peu
connu Monique, seulement une visite et quelques téléphones, mais ce
cheminement vécu au jour le jour pendant plusieurs mois, douloureux mais
persévérant, est une véritable victoire de l'Amour, de la Tendresse, de la
Vérité. Monique était présente à notre prière quotidienne. Nous ne
pouvions être indifférentes à cette souffrance, à cette immense espérance
! " Envoyées à la famille", quel bonheur d'avoir participé à ces
retrouvailles, ces réconciliations ! 'pour la gloire de Dieu" .

Ces mots de notre Règle de Vie prennent chair et vie
dans notre histoire familiale qui a le goût d'une histoire sainte.
" PSA, nous contemplons et
discernons l'action de Dieu dans l'histoire humaine. Comme nos fondateurs,
nous sommes appelées à reconnaître les semences du charisme et de
notre spiritualité dans la diversité des chemins par lesquels la vie
surgit"
Merci aux trois Monique, merci à tous les
acteurs de cette victoire.
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