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Etienne
Pernet naît à Vellexon, petit village de Franche-Comté, le 23
juillet 1824, dans une famille modeste et profondément croyante. A 14 ans,
se sentant appelé au sacerdoce, il commence sa formation malgré le décès
brutal de son père. Mais, quelques années plus tard, Etienne impressionné
par les responsabilités qui incombent à un prêtre, quitte brutalement le
séminaire et part gagner sa vie à Paris.
Animé d'un désir
intense de découvrir la "volonté de Dieu" sur lui, après une longue
recherche il rencontre le Père d'Alzon par l'intermédiaire de Mère Marie
Eugénie de Jésus, et entre dans la Congrégation naissante des Augustins de
l'Assomption. Envoyé à Nîmes, il découvre son propre chemin dans
l'Institut au contact des familles pauvres de Nîmes. A leur écoute, et
dans la prière, il est traversé par une intuition : envoyer des femmes,
des religieuses, au domicile de ces familles souffrantes, et ainsi, selon
son mot, "Refaire un peuple à Dieu". Telle est la mission des Petites
Sœurs de l'Assomption
.
Le "fil rouge" qui semble conduire le
Père Pernet est un
désir
Un désir qui rend patient face au silence de Dieu.
Silence qu'Etienne expérimente à travers une "prière
incessante", comme il dira plus tard. Dans le combat aussi, contre
lui-même, contre Dieu qui se fait attendre ou demande des choses
apparemment impossibles. Dans ses années de jeunesse, ce fut l'attente
douloureuse dans la recherche de sa vocation, attente dans une prière
obstinée pourrait-on dire : "Seigneur, que voulez-vous que je fasse ?"
Pour un jeune, l'agir n'est-il pas le lieu de la réponse à l'appel ? Sur
ce chemin, l'attitude d'Etienne rappelle celle d'un prophète dévoré par la
passion de la Gloire de Dieu. Elie, dans la montée à l'Horeb, se sent
seul, abandonné, il touche le fond du désespoir. Pendant des années,
Etienne vécut la même expérience. Dieu est là, tout proche, mais il
respecte la liberté de celui qui doit s'ouvrir à cette présence et prendre
une décision personnelle : lève-toi, marche. Dieu est discret. Etienne
rencontra des signes lui aussi, des personnes amies lui montrèrent le
chemin, mais il devait les décoder comme autant de flashes de son Dieu
venant à sa rencontre. L'ardeur de son désir affina l'oreille de son cœur
et lui permit d'entendre cet appel dans le silence.

Un désir qui rend attentif à la vie, aux autres, à Dieu.
C'est au cœur de sa compassion pour les familles ouvrières de
Nîmes, qu'il reçut le don qui orienta toute sa vie d'action et de prière :
Procurer la Gloire de Dieu par le Salut des pauvres et des petits, d'après
l'expression qui lui est propre. Son vécu personnel, la décision prise
d'apporter une réponse à cette misère matérielle et spirituelle, firent de
ce timide le Fondateur d'un Ordre religieux au projet neuf. Et d'une
certaine façon, ambitieux. Oui, dès cet instant Etienne s'est senti
appelé, et s'engagea de toute la force de son être, à travailler pour la
Gloire de Dieu, son Amour, son projet de bonheur pour
l'humanité. Un désir qui fait de lui, à travers une vie
apostolique éminemment active, un contemplatif.
Le Père Pernet disait aux Petites Sœurs : "Vous me demanderez peut
être : quand faut-il prier ? Notre Seigneur lui-même vous répond : "Il
faut toujours prier". La prière doit nous accompagner partout, car "seuls
nous ne pouvons rien faire".
Une vie de prière, dans la prière, et greffée sur le Christ, telle
fut la vie d'Etienne Pernet. On peut le comparer à un veilleur, au plus
profond de son être où il rejoint la présence de la Trinité et l'exprime
avec des mots qu'on peut qualifier de modernes. "Il ne suffit pas de
croire en un Dieu quelconque, mais en un Dieu en trois personnes, vivant,
personnel…" "Dieu est essentiellement communicatif…Il vient à nous pour
se donner".
Ce contemplatif est profondément centré sur Dieu, avec d'autant
plus de force que c'était un être humble, de l'humilité de ceux qui ont
expérimenté un haut degré de détresse. Il trouve des mots passionnés pour
exprimer sa foi en l'Amour du Christ livré pour nous jusqu'à la Croix, et
présent quotidiennement dans l'Eucharistie : "Si Dieu veut que nous
l'aimions uniquement pour lui, c'est qu'il est l'Amour. Oui, l'Amour veut
être aimé, il demande la réciprocité afin de nous rendre participants de
son propre bonheur, de sa vie". Cette passion d'amour pour Dieu
s'exprimait bien entendu par l'exigence du don de soi aux autres, ces
pauvres qui sont, comme dit le Père Pernet, la part d'héritage des Petites
Sœurs. L'Eucharistie est au centre de cet envoi vécu en communauté selon
l'esprit augustinien, , elle est source de l'unité au delà des
différences. Elle met la charité au dessus de tout. "…Il est impossible
d'aimer Dieu si on n'aime pas le prochain et d'aimer le prochain si on
n'aime pas Dieu". Il rejoint la parole de Jésus : "Tu aimeras le Seigneur
ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces et de
tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même". (Lc 10, 27). Et le
Père Pernet conclut : "Vous ne serez de véritables apôtres au dehors
qu'autant que vous le serez dans la communauté".
Marie-Noëlle de la Bassetière Petite Sœur de l'Assomption

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