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Pour l’instant, j’ai les pieds au Pérou, et le cœur qui
voyage encore d’un endroit à un autre.
Bienvenue au Pérou !, m’a dit un monsieur qui était à mes côtés tout au
long du voyage et avec qui je n’avais jusque là échangé que des sourires aimables de temps à autres… C’est à
ce moment-là que j’ai pris conscience que mes pieds arrivaient au Pérou ; les deux semaines que j’avais passées à
dire au revoir à tout le monde, le voyage pour aller de Séville (où
se trouve la communauté où j’ai vécu pendant le
postulat) à Madrid (où vit ma famille), et le long vol en avion ne
m’avaient pas permis d’en prendre conscience;
par contre, cet aimable et spontané « Bienvenue au Pérou » m’a fait
réaliser que j’étais arrivée.
Et même si mes
pieds sont déjà là, il faut encore que je fixe ici mon cœur qui continue à
voyager…
En juin, on m’a
annoncé que je ferais le noviciat au Pérou avec Jucelí, une autre jeune
brésilienne. Quelle joie et quelle grande opportunité on m’offrait ! ; à partir de ce moment il a fallu
préparer le départ mais c’était aussi l’occasion de vivre en profondeur
le présent à Séville : les études qui me
permettent de mieux connaître ce Dieu que j’aime tant, le travail à la
paroisse avec les enfants et les adolescents,
l’interpostulat, le conservatoire, la vie dans la communauté et dans le
quartier…
Et au
rythme de la vie quotidienne, du présent vécu en plénitude, les jours
précédant le départ sont arrivés, des jours particulièrement intenses car je ne pouvais pas partir sans
rendre grâces pour tout ce que j’avais vécu, appris et reçu.
Il y a eu des moments et des
célébrations simples avec les uns et les autres, des moments pour dire
merci, pour mettre le Seigneur au milieu de nous
et reconnaître que c’est Lui qui nous donne la vie et qui nous permet de
nous rencontrer, de créer des relations d’amitié
profonde ; il y a eu des moments pour me laisser aimer, m’ouvrir à la
surprise, à la gratitude et à la profusion.

Ces jours-ci je relis
de temps en temps ce passage de l’Evangile :
«
Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant
embrassé, il leur dit : « Quiconque accueille un de ces petits enfants à cause de mon Nom, c’est moi qu’il
accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille,
mais Celui qui m’a envoyé. » (Mc
9,36-37)
Et je contemple dans cette action
un double mouvement de mon être dans toute cette période...
D’un côté je me
suis laissée embrasser par Jésus, en me sentant petite et vulnérable, ma
vie et mes certitudes reposant sur lui ; je me suis aussi laissée
embrasser et aimer par cette nouvelle réalité que je vis aujourd’hui, et
où je me sens accueillie par la communauté, par le quartier, et ses
habitants, par la communauté chrétienne…
Et d’un autre côté
je fais de la place aux plus petits, aux plus appauvris au milieu de ma
vie, en les embrassant et en les accueillant, sachant que même si mes pieds sont
déjà au Pérou, ce sont mes bras qui doivent entourer, c’est mon cœur
qui doit accueillir et c’est mon regard qui doit
humaniser.
Notre Dieu qui vit dans ce qui est caché, dans
la simplicité, lui qui fait une option préférentielle pour les appauvris,
qui brise les frontières et donne la liberté, qui
aime la création et nous la confie, c’est le Dieu qui m’a conduite vers
ces terres pour que je l’y rencontre au milieu de ses préférés,
c’est le Dieu qui m’a donné les Petites Sœurs pour que, au milieu d’elles,
avec elles et comme elles, je sois heureuse et c’est
lui qui nous pousse chaque jour à construire son Royaume
ensemble.

Il est vrai que mon cœur est encore en voyage… mais
j’ai l’impression que ce nouveau peuple que je commence déjà à aimer
le fera très vite atterrir.
Lucia
Ucela.
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