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A l’heure où les autres
enfants étaient à l’école, nous avions remarqué deux petits Africains qui jouaient sur la
place. Ils avaient l’air heureux, libres, agiles. Ils jouaient avec une petite balle,
comme une balle de tennis et ils jouaient très bien… mais au fait,
que faisaient-ils là au lieu d’être à l’école ?

Un
jour, nous les avons croisés dans les escaliers de notre immeuble. «
Vous habitez où ? – Ici, au 5ème ; – Nous, nous habitons au 3ème,
nous sommes vos voisines, entrez-donc ! Vous voulez un bonbon ? – C’est
pas d’refus. » C’est ainsi qu’est née notre « amitié ». Nous avons
appris qu’ils n’allaient pas à l’école parce qu’ils arrivaient de Mayorque
et qu’il n’y avait pas de place pour eux. Gideón a 12 ans et Roberto 9 ans
; ils sont très sympathiques, gais, ouverts. Presque tous les jours, ils
sonnaient à notre porte, pour dire bonjour et prendre un bonbon, ils nous
parlaient de leurs jeux avec les autres enfants. Nous nous sommes rendues
à l’école et il se trouvait qu’il y avait une place pour Roberto ; Gideón,
lui, aurait dû entrer au collège (équivalent de la 6ème), mais comme il
avait pratiquement perdu une année, il devait redoubler la dernière année
de primaire. Nous avons voulu parler avec les parents. Leur mère, Mary, ne
comprenait pas un mot d’espagnol, leur père était toujours au travail et
nous n’arrivions pas à comprendre quels étaient ses horaires. Enfin, un
dimanche, nous avons pu parler avec le père, Estefan. Oui, il voulait bien
que ses enfants aillent à l’école ; lorsqu’ils étaient à Mayorque, ils
avaient suivi un trimestre à l’école de Las Hijas de la Caridad (Filles de
la Charité). Rassemblant tous les papiers que l’école nous demandait (et
il en fallait un bon nombre), ils ont fini par intégrer l’école en
novembre. Nous
sommes devenues amies avec les enfants, les parents, et les amis qui
vivent dans leur appartement ; un soir, ils sont tous descendus (neuf
hommes) chez nous, pour nous remercier de ce que les enfants soient
scolarisés et pour nous offrir leur amitié. Ils nous ont dit que nous
étions leurs amies, et que nous pouvions leur dire bonjour dans la rue et
dans les escaliers…
Estefan, le père des enfants, est arrivé en Espagne
(Mayorque) il y a cinq ans. L’année dernière, sa famille l’a rejoint et,
en septembre 2005, ils sont tous partis pour Tarragone car ils considèrent
que la vie y est moins chère. Tarragone leur plaît. Le père travaille dur
(il monte des échafaudages métalliques). Ils ont acheté un appartement
dans un autre quartier, mais nous sommes toujours bons amis, les enfants
poursuivent leur scolarité dans le même établissement, et la mère nous
appelle « mama ». Peu avant qu’ils n’emménagent dans
leur nouvel appartement, nous les avons invités à déjeuner. Quelle
surprise ! Nous étions convenus qu’ils viennent vers 13h30 et ils sont
arrivés à 15h ; mais dans quelle tenue ! Ils avaient tous revêtus des
habits de fête, le père était tout en blanc et portait un chapeau. Nous
nous sommes senties vraiment honorées, et ils ont donné un goût de fête à
notre invitation. Ils se sont montrés si polis, si simples, et ils nous
ont tant remerciées ! Mais « qui a une dette envers qui ? » C’est le
slogan de la campagne sur la dette externe du Tiers monde envers le
premier monde, et cette question peut s’interpréter de deux façons.

... Así nos sentimos nosotras con esta familia inmigrante, somos
nosotras las que nos sentimos honradas por su reconocimiento
agradecimiento, dignidad, su alegría, su confianza. Tienen la
delicadeza de no echarnos en cara que han tenido que venir aquí que nos
sobra de todo, justo lo que a ellos les falta, colegio, trabajo,
organización sistema sanitario, etc. etc... Es el Norte el que ha
contraido una deuda con el Sur por apropiación ilícita de sus recursos
naturales y por nuestro modelo económico que perjudica el futuro de todo
el planeta. Ghana dedica mayor porcentaje de su presupuesto a pagar la
Deuda Externa del que destinan al Servicio de Salud: El 11% del PIB
para la Deuda Externa y el 9% para la Salud.
C’est ce que
nous ressentons avec cette famille d’immigrés : c’est nous qui nous
sentons honorées de leur reconnaissance, de leur gratitude, de leur
dignité, de leur joie et de leur confiance. Ils ont la délicatesse de
ne pas nous reprocher le fait qu’ils aient été obligés de venir dans notre
pays où nous avons tout en abondance, en particulier tout ce qui leur
manque : l’école, le travail, l’organisation du système de santé
etc. C’est le Nord qui
a contracté une dette envers le Sud car il s’est approprié illicitement
ses ressources naturelles et c’est notre modèle économique qui met en
péril l’avenir de toute la planète. Le Ghana consacre une part plus
importante de son budget à rembourser la dette extérieure qu’à investir
dans son service de santé (11% du PIB pour la dette externe, contre 9%
pour la santé).
Que Dieu nous donne un cœur
aimant et juste, pour que nous voyions et croyions que dans la balance de la dette, c’est la nôtre qui pèse le plus par rapport
aux immigrants qui arrivent dans nos villes ; nos actions, le temps que
nous avons consacré, les soucis, les préoccupations et les espérances que nous
avons vécus pour que ces enfants soient scolarisés,
sont loin de racheter nos dettes.
« Qui a une dette envers qui ? » Il est intéressant de réfléchir à cette
question car elle nous invite à plus de fraternité, d’égalité et de
solidarité envers toutes ces personnes qui se voient dans l’obligation de
quitter leurs familles, leurs pays, à la recherche de conditions de vie
plus dignes, telles que Dieu les a rêvées à la création du monde.

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