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Depuis l’âge de 12 ans, j’ai toujours participé à la vie de ma
paroisse, jusqu’à mes 23 ans, lorsque je suis venu à Lima pour mes études
et pour travailler : là, je faisais partie de la paroisse San Miguel de
Arequipa, par le biais de “Voz y Mensaje”, un groupe jeunes qui est né
dans les années 1980, sous l’inspiration de la Théologie de la Libération,
de Medellín et de Puebla ; cette participation fut pour moi une école de
formation politique et chrétienne pour la vie.
Sur la paroisse, j’étais catéchiste pour les enfants,
formateur des jeunes et je passais à la radio ; j’étais même directeur de
quartier et je croyais que nous, les jeunes garçons de la paroisse, nous
étions les meilleurs, et que les jeunes de la rue étaient des « ratés » :
quel pauvre pharisien je faisais ! (c’est ce qu’un ami m’avait dit sous
forme de plaisanterie, mais il avait raison) ; de plus, les dames de la
paroisse nous disaient que nous étions des garçons bien et on les croyait.
Lorsque j’étais dans la paroisse, je croyais, comme
beaucoup de jeunes qui participent à l’église, que c’est là que je
connaîtrais le Christ, que j’y consoliderais ma foi, que je trouverais
Dieu… toutes ces phrases que nous disions avec beaucoup de conviction lors
des prières et des retraites parce que nous le croyions ainsi ; maintenant
que j’ai quitté la paroisse, et après plusieurs années, je peux dire que
je n’ai pas trouvé Dieu, mais c’est bien lui qui m’a trouvé.
Aujourd’hui, je ne suis plus dans aucune paroisse en
raison de mon travail, et lorsqu’on m’invite à faire un partage sur la
formation sociale, je ne dis plus aux jeunes de venir à la paroisse, je
leur dis le contraire : sortez de la paroisse, Dieu est dans la rue ! Et
la rue parle de Dieu ; soyez missionnaires ! Et comme le dirait une sœur
religieuse en langage théologique : dites-le comme bon vous semble mais
sortez dans la rue !
DIEU EST DANS LA RUE ET IL
TRAVAILLE
La semaine dernière, dans une paroisse de Zárate, des
jeunes faisaient l’évaluation d’un atelier, et s’étonnaient en relisant la
vie quotidienne de Jésus : il est né pauvre, au milieu d’animaux (dans une
ferme, comme diraient les paysans), son père avait une menuiserie (comme
tant de Péruviens avec leurs micro-entreprises), il vivait dans la rue,
c’était un marginalisé qui prêchait aux pauvres, enfin, c’était un homme
pauvre. Ne serait-il pas dans la rue aujourd’hui, par hasard
?
Un jour, j’ai décidé de rendre visite à l’un de ces groupes organisés
pour les enfants et les adolescents travailleurs, le MANTHOC, pour qui je travaille, et je me suis rendu à la Casa
de Yerbateros dans le secteur de El Agustino. Sr Ana Clara, collaboratrice
de la maison, a demandé à Pamela (9 ans) et à sa petite sœur Rosmery (6
ans), deux « enfants travailleuses », de me montrer les peintures murales
de El Agustino, qu’elles avaient peintes. C’est ainsi que, guidé par ces deux enfants, je fus
conduit par les rues du secteur de El Agustino, son marché et le
coteau Cerro 7 de Octubre, peuplé de petites maison agglutinées,
lieu réputé dangereux par certains à Lima. Toutes deux m’ont montré
avec fierté le marché où elles travaillaient, l’étalage d’Edith et
d’autres enfants travailleuses ; puis, nous sommes arrivés à un mur peint
par l’organisation des enfants, qui représentait la planète terre avec des
petites maisons et un slogan qui encourageait à maintenir le quartier
propre.
Nous avons ensuite grimpé les rues du Cerro 7 de Octubre, où seuls les
moto-taxis peuvent monter ; Pamela et Rosmery me racontaient qu’il y a
aujourd’hui moins de déchets qu’avant, grâce aux campagnes de propreté et
au recyclage des ordures ; elles continuaient à me montrer, très fières,
les lieux où ils se réunissent et où ils se coordonnent avec la
Municipalité. Enfin, nous sommes arrivés en haut, où d’autres enfants
travailleurs finissaient de peindre une fresque murale qui représentait le
quartier propre ; les empreintes de mains de toutes les couleurs
figuraient le Pérou coloré et pur auquel ils aspirent, en commençant par
leur quartier.
LE VISAGE DE DIEU ÉTAIT
UNE « ENFANT TRAVAILLEUSE »
Est-ce que, par hasard, Dieu n’était pas en train de guider mes
pas dans les rues de El Agustino, en me montrant qu’il travaille dans la
rue et qu’il a le visage de ces petites filles travailleuses, Pamela et
Rosmery, qui participent aux campagnes de propreté et qui enseignent à un
adulte comment on construit un royaume : par le travail de ces enfants,
petites en taille mais grandes en intelligence et de cœur. Toutes ont un
rôle actif à jouer ; «ce que vous faites à ces petits c’est à moi que vous
le faites.» (Mt 25, 40) . Peut-être aussi qu’ils sont en train d’exercer leur droit
fondamental à un quartier propre et sain qui contribuera à améliorer la
qualité de vie, grâce à leur association d’enfants ; de plus, ne sont-ils
pas en train d’exercer leurs droits à exprimer une opinion et à exiger des
adultes qu’ils remplissent leurs devoirs ? Ne
sont-ils pas en train d’exercer leur citoyenneté, par le biais de
l’Intérêt Supérieur de l’Enfant et de la Convention des droits de l’enfant
et de l’adolescent ? Bien sûr que oui, et la citoyenneté, ça
s’apprend. Je faisais remarquer à une amie que souvent nous sommes
immergés dans notre travail, occupés à dialoguer sur Internet, à sortir
pour nous coordonner avec des associations, à attendre le mini-bus qui est
en retard, préoccupés de savoir si nos enfants ont mangé ou non, s’ils ont
fait leurs devoirs ou si la facture d’électricité est arrivée etc. ; mais
nous n’avons que trop peu (ou pas) de temps pour cultiver une spiritualité
qui nous permette de voir Dieu dans ce que nous faisons.
Engager
une vraie réflexion sur ce thème est une tâche de grande envergure, non
seulement pour nous qui avons été contactés, qui avons passé un entretien
et avons été embauchés pour travailler à la Vigne de Dieu et à la
construction du règne sur cette terre, dans la rue, par ce travail qui
promeut une société différente, juste et fraternelle ; mais c’est aussi un
travail qui attend ceux qui cherchent Dieu, qui ne le rencontrent pas, qui
sont fatigués de le chercher ou qui ont l’impression qu’Il les a
abandonnés ou qu’Il n’existe pas.
Savoir que Dieu chemine avec moi et qu’il nettoie la
terre de tout ce qui ne nous aide pas à vivre dignement à son image et à
sa ressemblance, tout comme cette campagne de propreté et de recyclage
pour un pays propre : ce sont des expériences silencieuses qui font
grandir la dimension des êtres humains : citoyens et chrétiens ; je dis
ceci en pensant à Pamela et Rosmery, les « enfants travailleuses » qui
m’ont guidé dans El Agustino et qui continuent à grandir : l’une veut
devenir avocate et l’autre avoir une micro-entreprise : c’est ce qu’elles
m’ont confié fièrement. Dans quelques années, Dieu ne sera plus dans la
rue mais il ira à l’université .
Et nous, où allons
nous? .............
Par Jesús Macedo Gonzales Collaborateur de
l’Área de Incidencia Política de MANTHOC (1) et directeur de
l’Institut de Formation Sociale
( (1) Le Bulletin JPIC n°3 nous relate ce qu’est le
MANTHOC. Ana Clara Capretti, Petite Sœur de l’Assomption, travaille depuis
12 ans à la maison d’accueil nocturne, où tout est centré sur la réalité
des enfants : ils (et elles) y trouvent de l’aide et un soutien pour
grandir dans la dignité malgré leur situation de pauvreté. Ana Clara
coordonne le travail « missionnaire » d’une équipe, où l’on propose des
choses simples (aux enfants) : la préparation de la table, la toilette,
l’étude, le jeu, la formation personnelle en ateliers
d’artisanat. |
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