Espagne - Une expérience de vie : la mort de Teresita Entrena…

Une courte biographie a été éditée dans le recueil des Petites Sœurs retournées auprès du Père « Je suis la Résurrection, Celui qui croit en moi vivra ! » ; mais je ne peux passer sous silence l’expérience que nous avons vécue dans la communauté pendant tout ce temps … une absence qui devient présence à tout instant… une mort qui nous donne la certitude qu’elle continue à vivre avec nous…

Je ne peux oublier son visage, dans la pénombre, et ses derniers mots lorsqu’elle voulait me rassurer : « je vais bien, je vais bien. » Oui, elle continue d’aller vraiment bien, dans la félicité mystérieuse qui nous attend sur l’autre rive…
Partout où elle est passée, elle a suscité l’admiration, sans jamais la rechercher, toujours avec une tendresse communicative… En triant ses affaires, nous avons retrouvé des fragments de lettres qui lui étaient adressées, et qui le démontrent largement…
 
Et je voudrais partager le passage d’une lettre qu’elle a écrite en 1998, alors qu’elle quittait la Catalogne pour se rendre à Séville, car cette lettre exprime bien sa profondeur.
 
« J’ai besoin de revenir, dans l’action de grâce, sur trois évènements importants pour moi qui ont marqué cette année :
 
Mes 30 ans de Profession : une plongée dans ce mystère de la grâce de Dieu et de la liberté humaine, lorsque nous consentons et que nous disons oui à cet Amour premier qui nous dépasse. 
L’achèvement de mes 5 ans de théologie : un cadeau et un engagement. J’ai eu l’impression d’avoir été « assaillie » par tant de richesse, d’avoir été immergée jusqu’au cou, et à présent un gros travail m’attend pour mettre un peu d’ordre dans tout cela… ce qui m’apparaît clairement, c’est que la théologie ne donne pas plus la foi : elle aide à l’approfondir et à l’éclairer, mais elle fait surgir des questionnements plus radicaux. Ce qui me reste, c’est le souci et le défi de savoir apporter ma petite contribution à ce que doit être la Théologie de l’an 2000 : « une théologie à partir de la vie et pour la vie »…
 
Ce que représente pour moi de quitter Torre Baró après 22 ans, et la Catalogne après 33 ans. Vous êtes nombreuses à avoir franchi ce pas et j’ai toujours admiré la simplicité avec laquelle vous le faisiez, en gardant votre regard fixé sur l’horizon… aujourd’hui c’est à mon tour, et je suis heureuse de le faire avec sérénité et espérance. Vous avez été mes maîtres. Merci ! 
Le Jésus de l’Evangile, où qu’il aille, foulait la réalité, et s’enracinait davantage en elle…
 
Je sens que le changement de lieu n’implique pas forcément de rupture ni de déchirure. Je sens que je demeure, tout en avançant… 
 
Permettez-moi de partager avec vous ce 
« Magnificat, depuis Torre Baró et la Catalogne »
 
Parce qu’il m’a conduite en Catalogne, pour commencer la plus grande aventure de ma vie, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Parce que c’est ici que j’ai appris à m’ouvrir aux airs pluriels de l’univers, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Parce qu’à Torre Baró, j’ai pu concrétiser, quoique toujours insuffisamment, ce que nous essayons d’être : « une option pour les pauvres », des pauvres qui ont un nom et un prénom, avec un visage extraordinairement humain et avec une grande dignité, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Parce qu’à Torre Baró, j’ai découvert les appauvris d’une Andalousie forcée à émigrer, qui m’a fait découvrir les causes d’un tel déséquilibre socio-économique, en aidant leur intégration sans perdre leurs racines, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Parce qu’à Torre Baró j’ai trouvé, en plus de l’oxygène nécessaire à mes poumons, l’amour qui dilate le cœur dans l’amitié sincère de ses habitants, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Ils m’ont offert des valeurs comme la gratuité, l’accueil inconditionnel, la communication directe, sans masque, la lutte pour améliorer leurs conditions de vie, la valeur de la famille etc. je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Parce que j’ai reçu le cadeau d’une communauté fraternelle, parmi mes égaux, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
Parce que Torre Baró a été, plus qu’un lieu géographique, un lieu théologique, j’ai trouvé la force du Dieu qui sauve dans la faiblesse et dans la pauvreté, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur.
 
J’ai trouvé le signe de ceux qui sèment et qui se sèment eux-mêmes, comme le grain en terre, promesse de futures moissons, je me sens heureuse et je magnifie le Seigneur. » … elle se sentait aussi envoyée par eux. 
 
Merci, Teresita, parce que ces dernières années, tu nous as aussi appris à connaître cette population multiraciale ; ton énorme travail « caché » nous manquera très certainement ! Aide-nous !!
 
Communauté de Santa Coloma
 
09/05/2016
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