Communauté de Hammam-Lif en Tunisie

Notre vie « ensemble » Oblates et Petites Sœurs de l’Assomption : Enjeu de notre présence dans le peuple tunisien.

Après trois ans de vie en inter-assomption, nous aimons partager notre chemin fraternel et apostolique en ajustant nos témoignages – déjà exprimés dans le Pain de chez nous du 20 septembre 2012. Nous évoluons dans un pays en crise depuis janvier 2011.
 
La « belle Révolution du Jasmin » est devenue une tourmente ! Dans la situation cahoteuse du pays en crise nous essayons de rester témoins d’Espérance avec un peuple divisé. Notre propre Foi en Dieu et la prière du monde de l’Islam qui rythme sa vie, stimule aussi notre propre foi car l’appel à la prière, 5 fois par jour, ne peut nous laisser indifférentes.
 
Ce coup d’œil se partage en 3 parties : La situation du pays / Notre vie fraternelle-apostolique / L’Eglise en Tunisie.
 

1) La situation de la Tunisie aujourd’hui 

 

 
« Le pays est en train de se noyer »…mais il ne sait plus nager » me disait ce matin Lamia, notre employée de maison, qui galère pour faire vivre sa famille. Les crises gouvernementales se succèdent. Nous entrons dans la phase de l’acte trois de la transition. Le peuple réclame la démission du gouvernement islamiste qui gère tous les ministères importants : la famille, la culture, l’éducation, le ministère de l’intérieur (absence de sécurité). Une grande partie des gouvernorats est gérée par des Ennadhistes (Isla¬mistes). Après le 2e assassinat politique d’un leader de l’opposition, jeune père de famille, les manifestations se succèdent et la Constitution n’est toujours pas rédigée ! Les chefs actuels sont priés de quitter le gouvernement au plus vite ! C’est le cri du peuple. Le flou juridique ne peut perdurer. Le prix des denrées de base ne cesse de grimper. Les familles s’appauvrissent. Le chômage des jeunes s’accroît ! Mais dans ce labyrinthe désolant, un peuple se dresse et réagit en solidarité ! De nombreuses associations bien organisées ont vu le jour en trois ans et la société civile ne baisse pas les bras devant le cahot, elle réagit et s’active. L’espérance n’est pas morte !
 

2) Notre vie fraternelle-apostolique

 

 
Révéler le Visage du Christ par nos vies enracinées en Jésus-Christ, désirant, chacune, là où elle est, être signe de communion et d’espérance, au milieu de nos frères et sœurs qui nous accueillent, vivre la rencontre et la fraternité, par la prière et la richesse de nos différences, tel est le sens de notre vie ici ! Nos deux sœurs Oblates, bien plus jeunes que nous, par leur dynamisme et leur travail professionnel chaleureusement partagé, nous permettent d’être une communauté vivante et engagée au quotidien ! Les tâches matérielles aussi sont partagées, et chacune s’y engage avec générosité et courage !
 
Nous vivons des relations amicales avec nos proches voisins et personnes isolées du quartier que nous visitons régulièrement. Les commerçants du quartier sont accueillants. L’Imam, notre voisin, est venu un soir nous partager son propre chemin de conversion vers Dieu, chose étonnante pour un homme au milieu de femmes, dans leur maison. Il a même pris le temps de s’asseoir. Les jeunes qui tiennent un « cyber » en face de chez nous, eux aussi, aiment venir nous dépanner et solutionner nos interrogations en informatique ! Ils aiment prolonger par des échanges bien divers sur leur pays et sur leur avenir !!! Une amie danoise, mariée à un Tunisien passe de temps à autre une partie de l’après-midi ! Sa discussion tourne autour de la Bible qu’elle parcourt quotidiennement et qui l’interroge !
La Maison de Rades, foyer familial au départ, est devenue une institution pour personnes dépendantes ! Les besoins sanitaires sont de plus en plus aigus ! De nombreuses personnes sont atteintes de troubles cognitifs plus ou moins graves et relèvent parfois de la psychiatrie ! L’ancienne Directrice, après 17 ans de service, vient de prendre sa retraite ! Elle est remplacée par une jeune femme, également épouse d’un Tunisien, qui se met en route avec ardeur ! La rencontre amicale de femmes de foyers mixte, chrétiennes mariées à des Tunisiens, nous mobilise aussi et nous aimons les rencontrer, dialoguer avec elles et les soutenir dans leur chemi¬nement parfois difficile ! Elles aiment venir à la communauté où les dialogues sont plus faciles ! Nous restons un relais entre l’Eglise et ces personnes ! Elles sont à la base du dialogue islamo-chrétien par toute leur vie ! Françoise, actuellement au Burkina Faso pour deux mois, enrichira la communauté d’une nouvelle expérience. Ne sommes-nous pas rattachées à l’Afrique à présent ? A son retour elle réintègrera la Bibliothèque de Carthage où jeunes étudiants et universitaires poursuivent leurs recherches et thèses. C’est un lieu d’échanges enrichissant ! Elle continuera aussi l’accompagnement des coopérants de la DCC (Délégation Catholique pour la Coopération), en répondant à leurs questionnements sur le pays et sur leur Foi chrétienne !
 

3) Notre Eglise en Tunisie

Depuis avril 2013 nous avons un nouvel Archevêque : le Père Ilario Antoniazzi. Il vient du Proche-Orient et a passé la majeure partie de sa vie en Palestine, curé d’une paroisse de Nazareth ! Il maîtrise l’arabe « du dedans », parlant la langue de ce peuple, l’accueil semble cordial ! Il connaît la souf¬france des familles minoritaires, accablées par le fondamentalisme religieux et souffre avec tous les chrétiens persécutés pour leur Foi. Nous avons partagé avec l’Eglise universelle, la grande veillée de prière de la soirée du 7 septembre dernier en union avec le pape François et de nombreuses communautés chrétiennes à travers le monde. Après l’Eucharistie de 18h30, présidée par l’Evêque, de 20h à 23h, à la cathédrale une veillée de prière a réuni des fidèles croyants et suppliants ! Des jeunes, garçons et filles, pour la plupart des étudiants subsahariens, ont animé la veillée, bien préparée par nos prêtres ! L’engagement chrétien des jeunes Africains nous est un réconfort ! La Foi n’est pas morte !
 
A travers ce tour d’horizon nous communions avec un peuple et attendons par la prière de chaque lectrice la meilleure évolution de ce peuple qui reste encore dans la tourmente et l’attente d’un meilleur lendemain ! MERCI.
 
La communauté : Soeurs Béatrice, Elisabeth, Françoise, Juliette, Raymonde

 

12/11/2013
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