Canada : « Un autre monde est nécessaire, ensemble il devient possible ! »

Pour sa 12e édition, le Forum social mondial se rend pour la 1re fois en Amérique du Nord. La ville de Montréal, qui fêtera l’an prochain son 375e anniversaire, est fière d’en être l’hôte. Pour cela, la société civile québécoise offre une plateforme où se rassemblent des acteurs de changement d’aujourd’hui et de demain venus de 125 pays.

Forum Social Mondial (FSM) de Montréal 2016 du 9 au 14 août

Dans ce lieu de convergence des mouvements sociaux nous retrouvons 35.000 participants cherchant des occasions de pousser la réflexion pour changer le monde. 1.200 activités autogérées, 21 grandes conférences et 6 forums parallèles offrent autant de possibilités diversifiées, avec en sus 200 activités culturelles. A travers 11 lieux du centre-ville et aux alentours, dont des locaux d’universités francophone et anglophone, les 11 thématiques mobilisent. Le tout s’ouvre par une marche où se sont rassemblées plus 15.0000 personnes venues dire leur désir de fonder un monde meilleur. A leur arrivée, elles sont invitées à participer à un spectacle animé par les autochtones, suivi de prestations musicales diverses.
 
Savez-vous que Montréal est une terre amérindienne jamais cédée aux colonisateurs ? Voici un extrait de « Jamais cédé mon territoire » de Jeanne-Mance Charlish :
"J’ai un immense territoire 
Que je n’ai jamais cédé 
Héritage ancestral et millénaire 
J’ai un immense territoire 
Jamais cédé. … 
Cet étranger, sait-il, qu’il n’a jamais découvert le Nouveau Monde ? Cet étranger, sait-il, que le Nouveau Monde
Nous, autochtones, les premiers peuples, 
Étaient et restent à découvrir ?"
Imitant « La Ligue des Droits et Libertés » lors d’activités publiques, la déclaration suivante est souvent prononcée : « Nous reconnaissons être réuni-e-s sur un territoire non cédé de la nation Mohawk … » (quand l’activité se tient à Montréal).
 
Nous sommes 3 Petites Soeurs et une laïque engagée avec nous : Sr Gisèle, Sr Colette, Micheline, laïque et Sr Julie :
 
Chacune à son rythme organise sa participation. Mais le premier soir nous nous étions donné rendez-vous pour le lancement. L’ambiance était à la fête, autant qu’à la reconnaissance des lieux. Nous enfilons notre « cocarde », signe de notre inscription, et prenons connaissance du programme des activités. Les 1.000 bénévoles ont déjà un avant-goût de ce qui les attend. 
 
Parmi les thèmes proposés, j’ai choisi ceux en lien avec mes préoccupations au niveau JPIC et mes engagements avec des réseaux préoccupés par la protection écologique et la gouvernance des pays en proie aux voracités des puissances financières. En voici quelques-uns : Lutte contre la dictature de la finance et pour le partage des ressources ; La maternité pour autrui ; Pouvoir citoyen et le « serment de Paris » de la Cop21 ; Les paradis fiscaux au cœur des inégalités ; Écocitoyenneté et éducation à l’environnement : l’art de vivre ensemble ; Le droit comme moyen de résistance et comme outil citoyen de changement ; Quelles alternatives fiscales aux mesures d’austérité au Québec ? ; Initiatives de mobilisations collectives et de résistances vis-à-vis des entreprises transnationales d’extraction.
 
J’aimerais maintenant dire un mot de certaines de mes expériences. Je suis engagée dans la lutte contre le passage d’un pipeline faisant circuler le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta, une province canadienne, d’un bout à l’autre du pays. Nous craignons beaucoup pour la protection de l’écologie, nos rivières et eaux souterraines, la protection de la faune, le devenir des fermiers situés sur la trajectoire etc. Dans un atelier j’ai rencontré des jeunes femmes avocates engagées dans les causes de droits humains. L’atelier a permis d’entendre des témoignages de causes gagnées en Suisse et en Asie. L’avocate québécoise présente, travaille à cette cause qui nous tient à cœur concernant la Compagnie Énergie-Est avec laquelle la population canadienne a des conflits. Un auditeur français nous a parlé de la lutte contre Monsanto et du Tribunal Monsanto en octobre, aux Pays-Bas. Il nous propose des actions à partir d’internet.
 
A l’atelier «  Pouvoir citoyen et Cop21 », nous avons eu un dialogue par skype avec des personnes de France. L’animation nous a fait participer à une action symbolique de « recréation de la terre » en se servant de dessins faits par nous, utilisés sous forme de puzzle. Ensemble nous avons lu le serment de Paris. Des personnes nous ont partagé leurs engagements locaux, dont l’un celui d’avoir convaincu le maire de sa localité d’aller voir le film : Demain. Il s’en suit depuis, une action conjointe citoyens et élus municipaux. Cet atelier fit vivre une belle cohésion avec des personnes de divers pays.
 
Les jeunes étaient aussi nombreux. J’en ai côtoyé à divers ateliers, mais c’est au cégep [collège d’enseignement général et professionnel] du Vieux-Montréal qu’ils étaient surtout conviés. Il y a un groupe que je connais pour avoir participé à certaines de ses actions (Institut du Nouveau Monde) et qui s’est donné comme projet la formation de futurs leaders. Il a offert un bon programme pour le Forum social mondial. J’ai su qu’il a fait des émules en France (sous un autre nom).
 
Voici maintenant un écho des autres participantes :
Témoignage de Micheline :
« J’ai assisté à une conférence sur les paradis fiscaux. On nous a informés sur le fait que l’économie actuelle est basée sur les piliers suivants : Obtenir un maximum de revenus, réduire les dépenses fiscales et autres au minimum et s’ingérer dans les gouvernements pour influer sur les législations. En résumé, les paradis fiscaux, qui existent avec la complicité des banques, ne représentent pas l’unique outil pour augmenter les profits ». 
Présente aussi à cette conférence, je partage ma réflexion lorsque j’entends des groupes de sauvegarde parler des différents traités entre pays ou régions (Canada-Europe et autres). Je constate combien ces alerteurs de conscience sont précieux. Les traités ont une zone trop large de secret. Ceci empêche la population d’être éclairée, de manifester et de plaider pour les droits humains. Maintenant il y a vraiment prise de conscience.
 
Témoignage de Julie, Petite Soeur
« Des intervenants de mon atelier (6) j’ai retenu que le marché capitaliste, intrinsèquement, engendre les écarts. « Les plus touchés sont ceux qui sont les moins responsables ». M. Cliche de Développement et Paix nous a exposé la vision autochtone, selon laquelle le concept de développement n’existe pas. Plutôt que voir en termes de croissance, voir en termes d’harmonie…. Voir autrement. L’idée n’est pas de maximiser, mais apprendre à déceler les écarts de logique en respectant les droits de la nature ».
 
Témoignage de Colette, Petite Soeur
« Les 3 ateliers ou conférences auxquels j’ai participé m’ont été l’occasion d’un bon bain international, et m’ont permis de retoucher aux réalités criantes de certains pays dans leurs relations avec l’Occident.
Sortir de l’aide internationale et du développement : vers une solidarité internationale renouvelée. Il en ressort, après des exposés et des échanges très engagés, que l’innovation devra sortir de la population, et non des responsables de projets… Attention au mot « inclusion » : que ce soit les partenaires financiers qui s’incluent dans les projets des gens et qu’ils permettent « le temps » pour le développement… Aller plutôt vers une solidarité « transnationale » : enjeux des luttes globales pour déboucher sur un autre monde. 
 
Les peuples et la planète avant le profit  : La gestuelle du début de la rencontre symbolisait bien les témoignages qui ont suivi : une femme, prise dans un filet, s’acharnant à vouloir en sortir, ce qu’elle a réussi : comme un grand et beau message de ténacité, d’espérance, et de libération. 
 
De l’Afrique aux Amériques, les femmes luttent pour leurs droits : 
 
Au Mali, au Honduras, en Inde, au Mexique : témoignages très touchants de femmes engagées de « toute leur vie » pour que les femmes soient traitées comme des « êtres humains ». C’est de mères en filles qu’elles apprennent à se battre : pour que justice soit faite dans les situations d’assassinats ou de viols, pour intégrer la dimension féminine dans la politique, pour imposer le respect mutuel… « Sans la paix, on ne peut se développer », l’espoir apporté par ces femmes dignes et rebelles a été applaudi à tout rompre !
 
Voici maintenant un certain regard plus global. J’ai rencontré plusieurs personnes que je côtoie dans les réseaux sociaux. Selon les estimations, les personnes engagées dans leur milieu ont été plus nombreuses que la population civile à participer. D’autres venant surtout de pays comme l’Afrique, et l’Amérique latine n’ont pas reçu leurs visas, ou ils leur ont été refusés. Des vérifications vont être faites par des organisateurs afin de documenter cette réalité.
 
Les autochtones ont tenu plusieurs activités dont celle d’une visite de la Nation Mohawk en banlieue de Montréal. Depuis la Commission Vérité-Réconciliation où ont été analysés les torts causés par les programmes gouvernementaux d’assimilation, ils sont passés de la honte d’être autochtones à la fierté de leur culture. Le chemin à faire est encore long, car en tant que peuple colonisateur nous avons, nous aussi, à reconnaître les pas à faire pour la rencontre. Pour moi ce furent des journées pleines et enrichissantes. J’ai été heureuse de constater que beaucoup de gens sont vraiment solidaires pour faire advenir un monde plus juste, et ne minimisent pas les défis. Ils comprennent les enjeux des pouvoirs de la finance sur les gouvernants de nos pays. Et pour cela ils ont un cri : « Changeons le système, pas le climat ». 
 
A l’évaluation qui a été faite sur l’ensemble du FSM, j’ai été heureuse d’entendre de jeunes diplômés universitaires s’exprimer sur la prise en charge de l’ensemble de l’évènement. S’ils étaient fiers de leur participation, ils ont su analyser avec loyauté leur engagement, exprimer les défis qui les ont mobilisés. J’ai été touchée par le sens de la responsabilité qui les a amenés à préparer 60 bénévoles pour des accompagnements lors de possibles agressions sur le site. Le refus de visas, le retard et la diminution des sommes promises ont retardé la mise en route. Mais leur créativité a permis des alternatives. La participation par skype et par internet a créé des possibilités pour les étrangers empêchés de venir au pays. Le temps est maintenant au réseautage pour poursuivre l’engagement vers un autre monde nécessaire et possible ensemble.
 
Sr Gisèle

 

06/01/2017
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