Burkina Faso – Bobo-Dioulasso : Semaine Sainte à Bobo Dioulasso. AVEC LES MARQUES DE SON AMOUR

« Notre-Seigneur se présente toujours à nous avec les marques de son amour ... » Etienne Pernet. Effectivement, les stigmates de sa Passion deviennent pour nous des signes de son amour indicible, de son amour ressuscité. En ce temps pascal nous voulons aussi vous partager les marques de son amour que nous avons recueillies sur le chemin.

Dimanche des Rameaux : dans cette terre assoiffée où il n’y a pas de verdure à cette époque, tôt le matin, les gens se retrouvent nombreux derrière les écoles pour faire le chemin vers Jérusalem avec Jésus, ils ont des petites branches changées en croix par les mains habiles des enfants... et toute une foule acclame et chante. Le temps de silence du Carême éclate dans un désir, déjà, de Vie : « Saint, Saint, Saint est le Seigneur, Dieu de l’Univers ». La chaleur n’empêche pas d’être serrés, serrés et de toujours s’organiser pour faire la place à un autre qui arrive. Le P. Félix nous dit dans son homélie que l’amour contient 3 D : dépouillement, don et durée... 
 
Jeudi Saint : un geste étonnant. C’est le président de la communauté chrétienne qui lave les pieds des apôtres, des représentants des différents groupes de la Communauté Chrétienne de Base : parmi eux, pour la première fois trois femmes ! ! ! La première est une samo : voir un homme mossi agenouillé devant une femme samo pour lui laver les pieds, c’est quelque chose dans la culture burkinabé ! Il continue avec une deuxième, la femme que son propre frère a abandonnée… et il lui lave les pieds ! ! ! Oui, l’amour et la foi peuvent bouleverser le monde, surtout le monde de nos mentalités, de nos schémas d’exclusion.
 
Nuit d’adoration : à tour de rôle, les groupes passent devant le Saint Sacrement exposé dans une vieille armoire décorée pour l’occasion... et au fil de la nuit, ce sont des jeunes qui chantent et adorent et qui prient pour le monde, pour l’Eglise, pour les responsables, pour « notre communauté de Petites Sœurs de l’Assomption ». Se laisser porter par la prière des autres dans cette nuit de l’amour donné jusqu’au bout ...
 
Vendredi saint : Ce sont ces jeunes qui représentent le chemin de croix, à midi sous le poids d’un soleil infernal. Tout le monde est là. Aux cris des bourreaux, nous suivons les pas trébuchants de Jésus et les femmes pleurent en dehors de la représentation ; elles cachent leurs visages sous les pagnes pour ne pas laisser voir leurs larmes qui coulent ; elles qui accompagnent tant de douleurs dans la vie de chaque jour, elles sont là avec toutes leurs peines à côté de cet homme-Dieu qui souffre avec elles. Des musulmans sortent des mosquées du vendredi, habillés en blanc : pleins de respect, ils suivent de loin le cortège.
 
Samedi saint : Lurdes part tôt le matin pour décorer l’Eglise avec les femmes, présage de la beauté d’une vie qui s’annonce, fragilité des pagnes, des quelques fleurs qui se fanent tout de suite, mais désir d’aimer et de faire aimer par les symboles. Décorer dans la pauvreté et la faiblesse et faire des merveilles ! ! !
Beauté qui se prolonge la nuit par les chants, par les danses. Le Gloire à Dieu inonde le quartier. 70 adultes intègrent la communauté chrétienne par le baptême. Devant nous une vieille femme : combien de temps a-t-elle attendu pour arriver à ce jour-là ! ! ! Parfois des femmes mariées à un musulman qui ont dû attendre son départ pour entamer le chemin de la foi, parfois des femmes en situations irrégulières dans des familles polygames, parfois des femmes, arrachées de leurs villages, qui ne retrouvent pas les repères de leur religion traditionnelle... Et voilà une vie nouvelle qui commence enfin. Rien n’est impossible à Dieu. Autour d’eux, les catéchistes, les parrains et marraines, la communauté qui les accompagnent et les encouragent. Lundi de Pâques ils seront parmi les lecteurs, les quêteurs, le service d’accueil à l’Eglise. Être chrétien c’est faire partie d’une communauté de service ! ! !
 
Dimanche de la Résurrection : Et l’eau qui vient encore sur 80 enfants. L’année de la miséricorde a ouvert les portes à tous ces enfants qui ne sont pas dans des familles « en règle ». Et voici la joie de tant de mamans célibataires, des enfants de couples mixtes, des enfants de couples non mariés... Parmi eux, Jonas, plein de joie. Nous avions accompagné son papa jusqu’à la dernière minute de sa vie. Il n’avait pas laissé baptiser ses enfants et sa femme, malgré toute la catéchèse faite. Il est mort depuis trois ans, sa femme a reçu le baptême samedi et le petit enfant dimanche. Nous avons prié pour eux, ainsi que pour Kalo, le papa, qui, à 40 ans s’est retrouvé avec Dieu.
Dans le rang pour recevoir l’eau, un jeune papa danse avec son enfant dans les bras. Il danse et il le fait danser, plein de tendresse et de joie : une nouvelle génération d’hommes burkinabés. Des images qui changent...
A l’action de grâce une grande femme danse avec tout son cœur... oui, 20 ans d’attente pour pouvoir s’approcher de la communion à nouveau. Son mari, musulman, a accepté le mariage mixte une semaine avant Pâques. Nous les avons retrouvés au groupe de préparation au mariage, ils ont été là tous les deux pendant une semaine. Une joie indicible sur son visage... elle nous a serrées fort dans ses bras à la fin de la messe.
Dimanche des gens arrivent à notre porte pour nous souhaiter bonne fête, les premiers sont nos voisins musulmans… Des gens apportent des repas, des marmites sortent aussi de chez nous. Les enfants arrivent pour manger… Omar crie : « On va prier » et les chrétiens font le signe de la croix en même temps que les musulmans passent les deux mains sur leur figure : « Que Dieu qui est bon et miséricordieux, nous donne à vivre de cette amitié et de cet amour, dans la paix, tous les jours de nos vies... » Et les enfants répondent : « Amina ! ! ! » Aline est venue nous aider à gérer tout ce mouvement. A notre arrivée dans le quartier, elle était aussi assise avec les autres, aujourd’hui elle a grandi et elle se met au service des plus petits.
Le soir nous surprend autour d’un gâteau partagé avec quelques « aspirantes », ainsi qu’une jeune et un couple avec qui nous partageons la mission et la vie. La nuit tombe et nous écoutons à la chapelle la voix du Maître : « Tu m’aimes ? » et chacune répond : « Oui, tu sais tout… » Nathalie, à la sortie, dit : « Cela fait du bien de prier comme ça ».
 
La semaine continue encore. Lundi d’action de grâces, et fiançailles de notre voisine. C’est la première fois que nous participons de façon si proche à un mariage coutumier. On nous a laissé une place à côté des négociateurs qui parlent. C’est encore un mariage entre deux religions et deux ethnies différentes, donc les conditions et les demandes de part et d’autre sont bien exprimées avant de donner l’accord. Après on appelle les deux jeunes pour connaître leur avis et leur donner des conseils. La fête suit. Une foule de gens du quartier. Depuis deux jours, les voisines préparaient ensemble la cuisine pour cet événement.
A la fin, la délégation chrétienne, venue du village, est entrée chez nous pour remercier, pour prier ensemble pour le jeune couple et pour demander au Seigneur des vocations burkinabés pour notre congrégation « afin que son œuvre de service et de proximité, d’annonce de la Bonne Nouvelle puisse continuer dans notre pays ! » ! ! ! Amen.
Mardi de rencontre avec les moniteurs des activités de vacances, journée de travail et repas ensemble. Le congé scolaire nous a permis d’être presque au complet : 17, dans un esprit de famille, d’entraide, de créativité et de responsabilité partagée.
Mercredi de visites aux malades pour leur apporter la communion : Teresa retrouve Pascal, sans jambes, qui vient de finir une petite table pour accueillir le Seigneur dans sa maison, et ensuite Thierry, jeune handicapé mental, qui, à son arrivée, commence à chanter : « Seigneur Jésus, Tu es vivant, en toi la Gloire éternelle. » Ses parents rient ! ! !
Marie-Claire vient d’appeler, son stage à la frontière de la Côte d’Ivoire se passe bien. C’est un moment fort de rencontre au milieu d’une population pleine de besoins... Un bébé vient de naître à la maternité où elle rend service cette semaine.
 
C’est notre Pâques, et voici quelques marques de Son amour ! ! ! Que nous puissions les inscrire dans nos vies !
 
Sr Maria José, Communauté de Bobo Dioulasso
02/06/2016
Enregistrer au format PDF Imprimer l'article envoyer l'article par mail envoyer par mail
> Tous les articles remonter Remonter