BEAUVAIS:AU CŒUR DE « LA BOUTIQUE » : LES DOMICILIATIONS

Le nom complet, c’est « Boutique Solidarité Emmaüs » – un lieu d’accueil des personnes en difficulté, des hommes, des femmes avec enfants souvent, en marge de la Société. (entrevue à Jacqueline-PSA)

A la base de cette situation, des raisons que chacun peut imaginer, dont le cumul est dramatique : manque de ressources, pas de logement, pas de travail, pas de relations, pas de papiers parfois. 
 
C’est la galère : tout est problème, manger, dormir, se laver, s’habiller, traîner avec soi ce qu’on possède encore (un ou deux sacs). 
 
Les « accueillis » viennent là, prendre un petit déjeuner, passer un moment au chaud, prendre une douche, faire laver leur linge… Dans certains cas, déjeuner, et même se reposer, selon certaines règles établies par les pouvoirs publics.
 
Les hommes sont les plus nombreux –1 550 pour 2016 mais on compte aussi 750 femmes avec 500 enfants dont la situation est encore plus délicate. Ce peut être des migrants plus ou moins récents, mais aussi beaucoup de Français, originaires de Beauvais ou de la région.
Leurs raisons pour venir à la « boutique » sont multiples et on a décompté pour 2016 près de 25 000 passages !
 
Les permanents les rencontrent régulièrement pour faire le point de leur situation, voir comment « avancer », quelles démarches leur conseiller… 
 
X – Des démarches… Mais comment faire, quand on n’a pas d’adresse,
et que, de ce fait, on n’a de liens avec personne ?
 
J – C’est précisément là que la Boutique rend un service très précieux : 
 
Elle a un agrément des pouvoirs publics pour que celui qui le demande puisse avoir comme adresse officielle, celle de la Boutique. C’est ce qu’on appelle la domiciliation. 
 
La personne accueillie va recevoir une attestation d’élection de domicile, qui lui servira pour toutes les démarches officielles. Ainsi pourra-t-elle sans problème contacter la Sécurité sociale, la CAF, Pôle emploi, etc. et recevoir à la Boutique son courrier administratif ou personnel.
 
Etre domicilié, c’est donc quelque chose de capital pour pouvoir ouvrir des droits et espérer une réinsertion progressive.
 
X - Si je comprends bien c’est dans ce Service que tu travailles ?
 
J – Oui, je participe à ce Service pour une petite part, venant trois heures par semaine donner un coup de main, une goutte d’eau dans un grand verre ! En effet, en 2016, plus de 600 personnes totalement inconnues jusque là (2/3 d’hommes pour 1/3 de femmes), ont demandé à être domiciliées, d’autres très nombreuses aussi, déjà connues mais perdues de vue, ont rouvert leur domiciliation, sans oublier les centaines d’accueillis qui l’ont renouvelée au cours de l’année 2016. 
 
Il est vrai qu’être domicilié, c’est une chance et aussi une exigence. Quand on espère du courrier, on ouvre sa boîte à lettres tous les jours.
Un accueilli, de la même façon, a intérêt à passer souvent à la Boutique voir s’il a reçu quelque chose.
 
Et, s’il ne vient pas durant trois mois, nous fermons sa domiciliation… S’il revient nous pourrons la rouvrir à sa demande… De même, au bout d’un an, elle doit être renouvelée, avant d’être fermée définitivement quand l’accueilli aura enfin un vrai domicile ou une autre adresse.
 
C’est dire que le travail administratif est important et très précis, sur ordinateur et sur fiches (archives indispensables). C’est là mon domaine. 
 
X - Cela doit être un peu austère !
 
J – A première vue, oui. Mais, en fait, les fiches sur lesquelles je travaille, me font rejoindre des hommes, des femmes, des enfants, des Français, des Africains, des Asiatiques : ils sont jeunes ou moins jeunes, mais jamais très âgés car on ne vit pas vieux quand on a une existence aussi précaire, quelle que soit son origine.
 
Ce que je touche là, c’est une petite facette de la vie perturbée de ce monde, de sa souffrance avec le mystère de chacun à accueillir et respecter. 
Je suis heureuse de participer au travail d’une équipe très motivée : le projet est d’aider à ce que chaque homme puisse se remettre debout… et cela permet de « tenir » le jour où c’est plus difficile. La Boutique, c’est Emmaüs, et Emmaüs, c’est l’abbé Pierre : on suit sa trace...
 
Plusieurs novices ont fait un stage à la Boutique, un moment très marquant dans leur cheminement vers un engagement de Petite Sœur. Elles y ont trouvé une qualité d’accueil simple et plein de cœur qui a un goût d’Evangile, une Bonne Nouvelle pour tout homme. C’est aussi mon avis…
 
Jacqueline Finot, PSA
25/04/2017
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