Ateliers de formation pour les adultes - Uruguay, Paysandu

« … A l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. » Mt 25, 15

Paysandú est une ville du nord de l’Uruguay, et nous sommes depuis 12 ans dans un quartier ouvrier : nous y rencontrons des personnes dynamiques, des femmes au foyer, des ouvriers, des chômeurs qui veulent s’en sortir, apprendre quelque chose de nouveau, entrer en communication avec d’autres. Pour donner une réponse à ces souhaits, nous avons formé des « Ateliers artisanaux pour adultes ».
 
C’est un service gratuit offert aux personnes de la communauté et du quartier. Les valeurs chrétiennes sont non seulement promues mais aussi vécues en réciprocité : la solidarité, la camaraderie, le développement intégral des personnes ; on découvre Dieu dans ce qu’on apprend, dans ce qu’on enseigne, dans ce qu’on fait.
 
1. Le lundi, atelier de couture : depuis 3 ans, la couture est enseignée à un groupe de femmes ; elles ont appris à confectionner des robes, des jupes, des polaires, des pantalons, des chemisiers, des habits d’enfants… Cet atelier a commencé à fonctionner grâce au don de 2 machines à coudre basiques d’occasion. Nous nous posions la question d’acheter une machine à coudre multipoints, mais les moyens financiers étaient limités. En 2011, nous avons eu la joie d’en obtenir une, grâce à un don du « Fonds Solidaire de Paysandú », organisme qui aide ce type de groupes.
Certaines disent qu’elles ne « savaient même pas enfiler l’aiguille sur la machine simple, et encore moins sur la ‘multipoints’, et qu’aujourd’hui, elles savent coudre sur les deux machines » ; elles ont fait venir 3 amies et aident les nouvelles arrivées ; elles sont heureuses de pouvoir confectionner leurs propres vêtements et ceux de leurs familles.
 
2. Le mercredi, atelier de vannerie en papier  : c’est une technique fascinante, qui fonctionne très bien grâce à la solidarité de tous ceux qui fournissent le matériel de base pour confectionner les objets : papier journal, revues, peintures.
A l’occasion d’une foire artisanale, elles ont vendu des paniers, du papier, des “materas” (pots pour le maté), des vases, des pendentifs, des sacs à main, des porte-photos, des dessous-de-plat. Quelques amies ont déclaré qu’elles n’auraient jamais pensé qu’on pouvait faire tant de belles choses avec du papier journal, ni que cela puisse avoir un débouché professionnel, par l’utilisation de techniques nouvelles ; cela a beaucoup développé la créativité, la solidarité, la générosité, l’amitié, et nous avons rendu grâce à Dieu pour les dons reçus.
 
3. Le jeudi, atelier de peinture sur tissu  : comme dans tout atelier, apprendre les uns des autres, s’aider avec le matériel, est un bon départ pour découvrir peu à peu les couleurs de la vie. On y partage ce qu’on a vécu pendant la semaine, et une prière termine la rencontre en remerciant Dieu pour le don de la vie. Les personnes du groupe sont très solidaires : ils/elles partagent les peintures, se suggèrent quelles couleurs utiliser pour peindre leur travail, leurs capacités sont différentes et l’entraide est mutuelle.
 
Leonardo, 12 ans, a été aidé dans sa rééducation, après un accident qui lui a laissé des séquelles motrices : le fait de peindre des lettres, des chiffres, avec la main droite a favorisé son apprentissage. Il se délecte à peindre et à montrer ses travaux. Selva, 59 ans, ne veut pas peindre seule chez elle, mais en groupe : cela l’encourage à participer et à s’ouvrir à un autre monde vers lequel elle a du mal à sortir seule.
 
 

4. Le vendredi, atelier d’aiguilles et de crochet : actuellement les membres de ce groupe partagent leur savoir, ce sont de bonnes amies. Passées du stade d’élèves à celui de monitrices, elles ont beaucoup à livrer, déploient toute leur énergie et le font avec générosité et joie. Elles ont tricoté des couvertures, des bas, des pantoufles, des gilets, des bonnets, des pulls, des sacs, des écharpes etc.
 
Cela leur apprend à tisser chaque jour les évènements de leur vie, en assumant les difficultés et en se réjouissant de la vie comme don de Dieu ; elles prient pour les plus nécessiteux, pour tous les malades.
 
5. Le mercredi et le samedi : 2 ateliers informatiques pour les adultes. Cela fait 4 ans que l‘atelier a démarré avec les adultes du quartier, une expérience très nouvelle pour eux/elles et pour nous.
Un groupe de travailleurs/ses y apprend à s’intégrer dans le monde de la communication : en 2009 on a démarré avec beaucoup d’audace un groupe de femmes qui ont appris à se mettre devant un ordinateur et à perdre leurs appréhensions. Certaines avaient une petite expérience en dactylographie, une amie disait : « je travaille chez des gens et tous les jours je fais la poussière sur les ordinateurs ; je n’aurais jamais pensé qu’un jour je me retrouverais à écrire sur un ordinateur, je suis entrée dans le monde de la communication » ; elle est heureuse de pouvoir communiquer par Internet avec des amies, avec les jeunes de son travail, et elle continue d’apprendre. Une Petite Sœur a commencé à donner des cours d’initiation, puis on a demandé à un spécialiste d’Internet ; une élève, qui a dépassé les attentes, et qui a continué à étudier, est aujourd’hui responsable des 2 ateliers de 9 élèves chacun. Elle, les élèves et nous, sommes heureux de cette réussite. La mission de la Petite Sœur se poursuit avec les laïcs.
 
Fin d’année 
A la fin de l’année, nous avons réalisé tous ensemble une « Expo-vente des travaux qui ont été effectués dans l’année », c’est un jour de fête pour la communauté, les familles, le quartier, les voisins. On leur a remis un certificat de participation : c’était le premier diplôme de leur vie, une grande joie pour tous lorsqu’ils ont reçu cette distinction. Ils ont pu acquérir une dextérité manuelle, retrouver des connaissances endormies au fond d’eux-mêmes. Nous avons révélé la valeur des gens, leur envie de surmonter les difficultés que la vie leur a réservées, l’envie d’apprendre, la joie exprimée en voyant leurs rêves se réaliser ; notre curé le P. Jesús disait : « Aux Etats-Unis, sur le « Walk of Fame », on a inscrit sur le trottoir une grande étoile pour les personnages qu’ils croient être importants, mais quand je vois le cheminement de ces personnes, je pense qu’elles sont déjà inscrites dans le cœur de Dieu, et c’est cela qui est important. »
 
Notre mission de Petites Sœurs est de motiver les gens pour les rassembler : « rassembler un peuple pour Dieu », former les Ateliers, les organiser, les animer, chercher des monitrices, les soutenir, c’est une opportunité pour pénétrer dans le cœur des familles ouvrières, des plus pauvres, avoir un contact plus rapproché avec eux qui n’ont pas la possibilité de faire des études. A plusieurs occasions, une Petite Sœur a été monitrice, pendant que nous cherchions des personnes adéquates qui puissent aider les gens à trouver leurs racines, à rencontrer Dieu.
C’est un travail en communauté, nous sommes toutes impliquées d’une manière ou d’une autre avec les Ateliers, avec les familles les plus pauvres. C’est un travail en réseau, ils/elles sont connectés par l’intermédiaire des Petites Soeurs.
 
Dieu se manifeste de bien des manières, aujourd’hui il se fait présent dans la vie de chacun/e ; nous lui rendons grâce pour son grand amour pour nous, pour les délicatesses qui se manifestent à travers tant de gens simples et solidaires.
 
Soeur Ma Angélica 
Communauté de Paysandú-Uruguay
 
18/10/2012
Enregistrer au format PDF Imprimer l'article envoyer l'article par mail envoyer par mail
> Tous les articles remonter Remonter