Altos de la Florida à Bogota (Colombie)

Altos de la Florida à Bogotá, terre d’accueil et d’exclusion ! Dans la banlieue de Bogotá, le conflit armé a fait souffrir la population défavorisée. Un climat de terreur organisé par des groupes armés.

En 2011, la population informelle de Bogotá, capitale colombienne, est estimée à plus de deux millions de personnes. Deux millions de personnes exclues, repoussées aux limites de la ville, établies dans des conditions précaires, certaines sans accès aux services urbains les plus élémentaires. Le tiers de ces personnes a été déplacé par le conflit armé, conflit qui dévaste la Colombie depuis plus de quarante ans. De nombreux quartiers de la capitale, terres d’accueil des populations défavorisées, sont devenus des terres d’exclusion. Des quartiers suspendus aux contreforts instables les plus lointains de la mégapole. Des quartiers, que les autorités n’ont jamais su contrôler, aux mains de groupes armés illégaux, qui instaurent un climat de terreur sur l’appareil social, économique et judiciaire. Des quartiers où luttent des femmes, des hommes, des communautés, pour que soient respectés leur droit de citoyens, leur droit à la ville, leur droit à une existence digne et durable.

Altos de la Florida est l’un de ces quartiers.

Photos et reportage Daphné et Timothée L’Angevin

Voici l’héritage qui a été légué aux petites sœurs : le pauvre, l’humble, celui qui ne compte pas pour cette société mondialisée. Depuis 146 ans, cet héritage s’est transmis à différentes générations de Petites Sœurs, et il demeurera toujours avec nous, comme Jésus nous l’a dit : « Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous » (Mc 14,7). Nous le constatons en effet : ils sont présents dans tous les points du globe. C’est à nous de répondre, en fidélité à la grâce fondatrice, au Charisme qui nous a été confié pour que nous le gardions vivant. 

Dans cette réalité, je continue à écouter et à vivre cet envoi « Va avec la force qui t’anime, n’est-ce pas moi qui t’envoie ? » ; je me sens envoyée ici pour être témoin de la tendresse de Dieu à travers des gestes simples de la vie quotidienne, consciente de mes possibilités et de mes limites, mais sûre que Lui et nos Fondateurs sont mes compagnons de route, avec le soutien de Marie de l’Assomption.
 
C’est la force de cet envoi qui me pousse à continuer à apporter mon grain de sable à ce lieu qui m’est cher, Altos de la Florida, et je repense à ce que Etienne et Antoinette ont pu éprouver face à des situations de misère et de douleur, à ce qu’a pu signifier pour eux de rencontrer ce peuple humble et pauvre dans leurs vies : « J’ai vu des misères que je ne connaissais à peine de nom » E.P. « La douleur des autres me fait souffrir » Antoinette.
 
 
L’an dernier, je vous donnais les premiers échos sur cette mission. Aujourd’hui, je dois malheureusement dire que la situation des quelques 5000 personnes a empiré à bien des égards ; des familles continuent d’arriver, déplacées par la violence, depuis les quatre coins du pays.
 
Le travail de légalisation qui a été entrepris est toujours très difficile en raison d’obstacles juridiques et bureaucratiques ; cependant lumière et force ont été apportés par la formation de l’Association Viviendistas de Altos de la Florida. Cela permet déjà de récolter des moyens qui les aident à faire de nouveau l’acquisition de leurs logements en payant ce qui est convenu avec les propriétaires.
 
Cette année aussi la violence s’est faite sentir de nombreuses manières : 
  • Différents groupes ont fait des incursions sur les trois secteurs, des jeunes (hommes ou femmes) se rendent maîtres du territoire avec les conséquences funestes que cela entraîne, en créant une situation d’insécurité de plus en plus alarmante. 
  • La vente et la consommation de drogue a augmenté, les enfants sont les plus vulnérables et les victimes de cette réalité ; on constate de nouveau la présence de bandes, les vols, les menaces et les déplacements.
  • Les trafiquants de stupéfiants s’emparent de la population sans défense (enfants, jeunes) qui deviennent dépendants puis revendeurs.
  • La faim et la maladie se font sentir dans les différents foyers.
  • Les sources de travail sont de plus en plus rares.
  • La lutte pour survivre commence chaque jour au petit matin, à 2 ou 3h du matin quand les gens sortent recycler (choisir dans les ordures tout ce qui représente pour eux un moyen de survie).
  • La spirale de la violence, la peur, augmentent chaque jour. Ces derniers mois, les habitants ont vécu des situations qui les obligent à ne pas sortir après 6h du soir.
Dans ce lieu de contradictions et de contrastes (comme d’autres), dans notre pays, il y a aussi des signes de Vie, d’Espérance… 
  • Le groupe de musique, auquel participent près de 150 enfants, avec une rencontre par semaine, est une semence de vie, un chemin de prévention et de développement de leurs capacités, qui canalisent les énergies.
  • Je suis ici en tant qu’amie et sœur, la plupart du temps ma présence se traduit dans le domaine de la santé, dans l’écoute attentive et chrétienne, et dans le service, par des massages et d’autres moyens alternatifs de relaxation, de soins, en offrant bien-être, sérénité.
  • J’accompagne les familles par des visites, comme pour rendre un service dans le soin d’un malade, pour qu’ils fassent l’expérience de la proximité, de l’accueil, de la tendresse de Dieu et de l’intérêt pour ce qu’ils vivent.
  • C’est pour moi un privilège que d’entrer dans les foyers, et avec les pieds déchaussés, d’être témoin de leurs joies et leurs souffrances qui marquent leurs vies, être la servante qui prépare le lit d’un jeune paralysé, en faisant le ménage dans sa cabane, pour qu’il se sente une personne, qu’il retrouve sa dignité… et parfois à travers un dialogue, de petits espaces de prière, trouver ensemble des chemins pour surmonter, rencontrer, pardonner et se réconcilier. 
  • Dans la famille qui m’a accueillie depuis mon arrivée dans ce lieu de mission, et qui m’a permis de vivre avec eux les jours où je reste dans le quartier, il y a aussi des joies et des souffrances : la présence d’une nouvelle vie, la naissance d’un précieux enfant : - Sergio Daniel - , qui au milieu de la pauvreté et sans être cherché, est venu égayer la vie de ce foyer. Ce mois-ci, il fête ses 1 an. La Providence a veillé sur lui, sur eux, et au milieu de la pauvreté, il va très bien grâce à Dieu. Et comme nous le disions il n’y a pas de joie complète : le père de ce bébé, Alirio, un jeune homme, est très malade, sans doute à cause d’une maladie pulmonaire chronique… Nous prions notre Dieu et demandons à nos Fondateurs la grâce de sa guérison.
  • La FAO encourage les jardins potagers individuels, afin d’assurer une sécurité alimentaire.
  • Tout ce que nous venons de dire bouscule notre créativité et notre espérance : cela nous pousse à consolider les tables de travail où se retrouvent chaque mois les différentes organisations pour analyser ces situations et chercher ensemble des réponses. 
  • Nous nous sommes lancés dans un projet communautaire de travail pour encourager les différents groupes à exprimer ce que cela signifie de vivre à Altos de la Florida et pour les inviter à rêver un peu sur la façon dont nous aimerions que la vie soit ici dans 15 ans … qu’est-ce que nous devrions construire pour que ces rêves deviennent réalité ?
Nous voyons ce chemin comme une possibilité d’orienter le travail de toutes les organisations, dans la recherche de moyens qui nous conduisent, avec les membres de la communauté, à parvenir à ces rêves. 
Je compte sur votre accompagnement par la prière pour continuer, tant que le Seigneur me le permettra, ce service par lequel j’essaie de manifester la présence du Royaume de Jésus parmi ses préférés.
 
Je ne laisserai subsister au milieu de toi qu’un peuple petit et pauvre (Sophonie 3, 12)
 
Soeur Hilda
04/10/2011
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